La gestion de la visibilité des contenus et des données personnelles par les adolescents : quelles dimensions à prendre en compte pour les intervenants ?

Auteur : Yann Bruna

Alors que la problématique de la gestion des données personnelles ne cesse de gagner en importance dans notre société hyperconnectée aux dispositifs numériques, cet article dresse un état des lieux des résultats sociologiques issus de terrains récents sur le rapport des adolescents à leurs propres données ainsi qu’aux contenus qu’ils partagent en ligne. Les jeunes sont en effet la population la plus concernée par la vie privée en ligne, renouvelant sans cesse des stratégies d’offuscation et de contournement pour garder le contrôle sur leur présentation de soi. Parallèlement, ils sont particulièrement à l’aise lorsqu’il s’agit de collecter certaines données personnelles de leurs pairs, comme c’est le cas avec la position géographique. Néanmoins, ils apparaissent bien plus vulnérables lorsqu’il s’agit de protéger leurs données personnelles des responsables de traitement, même s’ils cherchent là aussi des solutions.

Mots-clés : adolescents, données personnelles, visibilité, géolocalisation, partage

Abstract : As the global issues about personal data management are becoming more and more relevant in our hyperconnected societies, this paper provides an inventory of sociological thoughts about young people privacy awareness, carried by up-to-date studies referring to location-based services and the social network Snapchat. We learned over the past decade that young people were actually the most concerned on privacy subjects, as they were constantly renewing their obfuscation and bypassing strategies in order to keep some control over their digital exposure. Meanwhile, we learned in our past researches that they felt very comfortable at collecting their friends’ personal data. Nevertheless, they still got a room for improvement at protecting their personal data from powerful data brokers, even if they are interested in finding solutions to solve the issue.

Keywords : teenagers, personal data, visibility, content, geolocation, sharing

Pour citer cet article : 

Bruna, Y., « La gestion de la visibilité des contenus et des données personnelles par les adolescents : quelles dimensions à prendre en compte pour les intervenants ? » [En ligne], in Revue de Socio-Anthropologie de l’adolescence, no.3, février 2019, p.21-35.

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La gestion de la visibilité des contenus et des données personnelles par les adolescents : quelles dimensions à prendre en compte pour les intervenants ?

 

 

INTRODUCTION

Lors de la dernière décennie, de nombreuses recherches en sciences sociales se sont focalisées sur la gestion de la confidentialité des données personnelles, notamment dans les espaces numériques (navigation web, réseaux sociaux, applications mobiles, etc.) où celles-ci transitent sans cesse à tel point qu’il est souvent difficile d’en garder le contrôle (Cardon, 2015 ; Rallet & Rochelandet, 2011). Comprendre ce que les individus consentent à partager sur eux-mêmes et pour quelles raisons (Casilli, 2013 ; Acquisti, 2013), ce qu’ils entendent par données personnelles (Davis et Jurgenson, 2014), ce qu’ils laissent visible et ce qu’ils décident de masquer (Balleys, 2015 ; Cardon, 2008) est encore de nos jours au cœur des réflexions relatives à la gestion de la vie privée en sociologie. Les réflexions qui ont mené à ces recherches ne sont pas nouvelles, le concept de privacy étant exploré depuis plus d’un siècle. Pour autant, cela reste aujourd’hui un sujet très difficile à aborder, tant il demeure nébuleux auprès des populations mais aussi de la plupart des acteurs : qu’est-ce qui rentre dans le champ des données personnelles ? Que collectent concrètement les GAFAM[1] sur les populations et quels usages en font-ils par la suite ? Comment développer des compétences pratiques pour reprendre la main sur ses données tout en manquant d’informations sur leur collecte et leur traitement ultérieur ? Les interrogations sont nombreuses et ne cessent de se multiplier à l’ère des Big Datas et des algorithmes qui influent respectivement sur les volumes de données récoltées et la diversification de leur exploitation.

Dans ce cadre, l’accélération technique vient compliquer la recherche de solutions de la part des individus, ou de recommandations de la part des acteurs et/ou des chercheurs. Le phénomène est d’autant plus amplifié auprès des adolescents, d’abord parce qu’ils utilisent massivement des services très gourmands en données personnelles tels qu’Instagram, Messenger ou Snapchat, mais aussi parce qu’ils s’exposent quotidiennement sur ces mêmes services aux yeux de leurs pairs et doivent ainsi apprendre, souvent par eux-mêmes, à gérer efficacement la visibilité des contenus qu’ils partagent[2]. Accompagner les jeunes à développer un usage raisonné et responsable des technologies de l’information et de la communication représente un défi de tous les instants pour les professionnels de l’adolescence, rendu plus difficile encore par l’évolution rapide et intense des plateformes et services sur lesquels les jeunes échangent tous les jours des téraoctets de données personnelles, là encore sans connaître les modalités de leur collecte et encore moins les finalités de leur traitement. Ainsi, il nous semble évident que cet accompagnement au sein des espaces hybridés fréquentés par les jeunes[3] ne peut s’effectuer de façon pertinente qu’à deux conditions. D’une part – et sans surprise –, une connaissance technique approfondie des outils et services utilisés par les jeunes semble indispensable, de même que les compétences pratiques pour les accompagner, a minima, dans le réglage de leurs paramètres de confidentialité. Mais, d’autre part, une connaissance sociologique des représentations des adolescents en matière de partage de contenus et de gestion des données personnelles nous apparaît comme un complément nécessaire pour appréhender les situations les plus diverses et inattendues.

C’est dans ce contexte que nous proposons, à partir de nos terrains et de la littérature sociologique déjà existante, d’éclaircir dans cet article le rapport des adolescents à la protection de leurs données personnelles et à la gestion de la visibilité des contenus qu’ils partagent avec leurs pairs. En effet, ce rapport est à même de renseigner les intervenants sur ce que les jeunes considèrent comme des contenus qu’ils peuvent ou non échanger en ligne, en sélectionnant par exemple une audience spécifique ou une durée d’affichage limitée. Deux points principaux nous semblent ainsi à développer. Nous montrerons tout d’abord l’importance de la problématique des données personnelles auprès des jeunes, en nous attaquant notamment aux discours communs selon lesquels ceux-ci ne seraient que peu préoccupés par ces questionnements, tandis qu’ils s’exposeraient de plus en plus en retour dans les espaces numériques. Dans un second temps, nous explorerons les stratégies mises en place par les jeunes pour gérer le partage de leurs contenus auprès de leurs proches et protéger leurs données personnelles, dans le but d’observer quelles sont les forces et faiblesses des adolescents dans la maîtrise des outils et applications qu’ils utilisent au quotidien.

  1. Des adolescents quotidiennement confrontés à la problématique des données personnelles

Les recherches récentes en sociologie autorisent à s’attaquer à deux préjugés particulièrement tenaces, qui concernent l’ensemble des individus (et non spécifiquement les jeunes), mais dont les effets se trouvent amplifiés auprès des adolescents. En premier lieu, certains discours concluent hâtivement à l’existence d’un paradoxe de la vie privée selon lequel l’individu présenterait un réel intérêt pour la protection de ses données personnelles et en souhaiterait davantage mais, en retour, il n’hésiterait pas à s’exposer toujours plus en ligne, et ce de son plein gré. En d’autres termes, ce phénomène ambivalent souligne le décalage entre les revendications sur le contrôle de ses données et contenus partagés en ligne, et les comportements individuels effectifs. La présence massive des jeunes sur les réseaux sociaux et outils de messagerie instantanée de groupe[4], services sur lesquels ils partagent un grand nombre de contenus – parfois intimes (Balleys, 2016) – quotidiennement, illustre à quel point le privacy paradox se trouverait particulièrement amplifié auprès de cette tranche d’âge. Ce paradoxe n’a pourtant pas lieu d’être, car il occulte une dimension fondamentale de la vie numérique des individus, qui est par ailleurs d’autant plus pertinente auprès des jeunes : dans une stricte logique de socialisation, les adolescents sont amenés à s’exposer dans ces espaces numériques, dès lors qu’il est nécessaire, dans notre société hypermoderne, « d’être visibles pour exister » (Aubert et Haroche, 2011), à tel point que la non-présence dans les espaces numériques amène l’individu à se justifier (Jauréguiberry, 2003). De même, à l’heure où plus de 80 % des adolescents sont inscrits et utilisent au moins mensuellement une application de messagerie éphémère comme Snapchat[5],[6], l’absence de visibilité et d’exposition de soi dans cet espace n’est plus la norme depuis quelques années maintenant (Davis et Jurgenson, 2014 ; Bruna, 2018). Explorer les enjeux autour de la protection des données personnelles alors que les individus en partagent de plus en plus nécessite donc dans un premier temps de comprendre les injonctions à la présence numérique qui régissent la quotidienneté des individus connectés. Or, parmi l’ensemble des individus, les usages observés des adolescents sur les réseaux socionumériques et autres outils conversationnels en ligne montrent effectivement qu’il s’agit de la tranche d’âge la plus connectée[7].

Nous recensons également un second préjugé selon lequel les adolescents représenteraient la population la moins concernée par la protection des données personnelles. Une vaste enquête menée auprès de jeunes Américains révèle au contraire que ces derniers représentent la tranche d’âge qui prend le plus au sérieux la vie privée en ligne : même si cela reste parfois insuffisant, les jeunes sont ceux qui développent le plus de compétences pour agir (i.e. consulter, modifier, supprimer) sur ce qu’ils partagent dans les espaces numériques (Lenhart et al., 2013 ; Livingstone, 2008). Mieux encore, ils développent des stratégies pour garder le contrôle sur la visibilité de leurs contenus partagés sur les réseaux sociaux (Boyd, 2014), tandis que ce qui peut ou non être sauvegardé par leurs pairs sur les outils de messageries éphémères est l’objet de normes sociales très strictes : les conséquences d’une capture d’écran déplacée se prolongent très rapidement en dehors des espaces numériques pour investir les discussions dans les couloirs de l’établissement scolaire (Bruna, 2018). Les jeunes présentent également des compétences pour agir sur la surveillance parentale par le biais de dispositifs numériques, et usent de diverses stratégies pour contourner celle-ci ou la retourner contre l’autorité qui exprime cette veillance : c’est notamment le cas lorsque les enfants géolocalisent leurs parents pour savoir dans combien de temps ils rentreront à la maison (Bruna, 2016). Les adolescents contemporains, en tant qu’individus hyperconnectés pour lesquels l’exposition de soi dans les espaces numériques conserve une place centrale dans leurs préoccupations quotidiennes, représentent donc une population particulièrement concernée par les problématiques de privacy et de protection des données personnelles. Parmi ces données, nous avons, par le passé, relevé à plusieurs reprises que le cas de la position géographique était un des plus évocateurs.

  1. Des jeunes adeptes de puissants outils de surveillance numérique : le cas de la SnapMap

Donnée personnelle parmi les données personnelles, la géolocalisation cristallise en effet toutes les peurs lorsqu’elle est utilisée pour tracer un individu dans l’espace, bien souvent à son insu (de Souza e Silva et Frith, 2012). Si le fait qu’elle soit abondamment récoltée par les responsables de traitement est rarement dérangeant pour les adolescents, la collecte de cette donnée particulière par les pairs ne laisse pas les jeunes indifférents. Le message envoyé s’interprète, la photographie capturée peut être l’objet d’une contextualisation, un discours peut donc être développé par le jeune dans les deux cas (Lachance et al., 2017). En revanche, comme nous le développions lors de précédentes recherches, les données de géolocalisation semblent bien plus difficiles à contextualiser. Le plus souvent reliée à un lieu (i.e. « tu étais ici ») ou à une personne fréquentée (i.e. « tu étais chez/avec telle personne ») dans les discours recueillis, la position géographique se constate mais ne se discute pas. Par exemple, parmi l’ensemble des traces numériques produites quotidiennement par les adolescents, les données de géopositionnement se caractérisent par le fait qu’elles s’imposent comme une preuve irréfutable lorsqu’elles sont utilisées dans les relations parents-enfants. Selon plusieurs jeunes interrogés dans nos terrains, elles semblent ainsi annihiler toute possibilité d’échange, d’argumentation, de négociation, tout en parachevant la quête d’obsession sécuritaire des parents (Bruna, 2016).

Or, depuis deux ans maintenant, les adolescents disposent d’un des plus puissants outils de géolocalisation disponibles auprès du grand public : la SnapMap[8] en provenance du réseau social Snapchat, très populaire auprès des adolescents. Dans ce cadre, la perspective est fondamentalement différente : il ne s’agit plus ici d’une surveillance strictement verticale, comme dans le contexte parents-enfants. Celle-ci s’avère bien plus horizontalisée : ce sont les adolescents qui pistent leurs pairs, collectent la position géographique de leurs amis et en tirent un bénéfice. Sur Messenger, WhatsApp ou encore Hangouts, il est possible de partager sa position géographique, pour une durée déterminée et avec des contacts choisis. Mais sur Snapchat, la SnapMap est bien plus intrusive. Sans réglage particulier de la part de l’utilisateur pour brider cette fonctionnalité, celle-ci révèle la position géographique à granularité fine d’un individu de manière permanente et à tous ses contacts, dès lors qu’elle a été activée une première fois.

La SnapMap (capture d’écran ci-contre) amène les jeunes à partager leurs données personnelles de façon permanente – et à se justifier lorsqu’ils ne le font pas, tandis qu’ils ont également accès à celles de leurs plus proches contacts. En ce sens, l’outil joue un rôle dans la gestion de leur visibilité dans l’espace, alors qu’ils tentent d’en garder le contrôle. Notons que Snapchat est un des seuls services permettant de consulter la position géographique de ses contacts sans se voir imposé d’afficher la sienne : cette absence de réciprocité bouleverse le rapport de forces traditionnel entre géolocalisant et géolocalisé, alors que sur un service comme Localiser Mes Amis d’Apple, l’individu doit partager sa position pour voir s’afficher celle de ses pairs. Pour Florence, lycéenne en seconde dans la banlieue parisienne, il ne s’agit pas seulement de détecter le mensonge mais de l’exploiter a posteriori : elle consulte parfois la position de ses amis par simple curiosité, afin de voir avec qui ils se trouvent, pour pouvoir « les embrouiller ». Mais dans l’autre sens, elle tient à protéger sa position géographique et se cache des autres lorsque cela lui semble nécessaire. Claire, sa meilleure amie, sait que la SnapMap est à double tranchant, notamment lorsqu’elle ment sur des motivations ou sa localisation. La jeune fille esquisse le fait que cela peut jouer un rôle dans les relations sociales avec ses pairs, lorsqu’une fête (ou une soirée) est organisée et que certaines personnes, passées sous silence, n’y ont pas été invitées.

Dans les représentations, la collecte de la position géographique apparaît toujours pour les jeunes comme une surveillance extrême et difficile à justifier, au point qu’ils peinent à trouver leurs mots quand nous leur demandons de le faire. Lors de terrains plus anciens (2014), nous relevions déjà cet élément, et nous constatons quatre ans plus tard (2018) que les discours ne semblent pas avoir évolué[9]. Si, comme ses camarades, Noémie concède que la SnapMap va « vraiment loin », cela ne l’empêche pas de « découvrir des choses » en l’utilisant :

Qu’est-ce que tu penses de la SnapMap ?

Moi, je suis en mode fantôme. Je trouve que ça va vraiment loin, après, ça peut permettre de découvrir des choses, aussi.

Tu as des exemples, une anecdote ?

Une anecdote personnelle, oui, il y a une personne qui m’a dit qu’elle était partie à Muret, alors qu’elle était à Saint-Sulpice. Sur le moment j’ai rien dit mais on s’est expliqués après. » (Noémie, 17 ans)

Dans le verbatim ci-dessus, c’est parce que Noémie doutait que son amie soit partie dans la ville de Muret qu’elle a décidé de vérifier sa position. Si position géographique et discours ne sont pas conformes, l’explication a lieu a posteriori bien plus souvent qu’en temps réel, comme dans le cadre de la surveillance parents-enfants. L’adolescente, riche de cette information, se servira des données géographiques révélées par l’outil pour dénoncer le mensonge de son amie. La technologie fournit une preuve qu’il est impossible de réfuter et prend le pas sur la parole : le discours ne sert plus qu’à justifier le motif du mensonge, et non à se défendre sur sa localisation. Mais, alors qu’elle vérifie la position géographique de ses contacts, la réciproque n’est pas acceptable pour Noémie qui reste de son côté en « mode fantôme » :

Tu dis que tu es en mode fantôme ?

Oui, parce que les gens n’ont pas besoin de l’endroit exact où j’habite et où je suis.

Mais par contre, tu aimes bien vérifier où sont les autres ?

Non, à chaque fois que je la regarde, c’est par erreur. La carte s’affiche toute seule quand je fais des trucs avec mes doigts et après, je la regarde vraiment très rarement.

Mais la personne qui t’avait menti, tu avais regardé par erreur ou c’était vraiment pour vérifier où elle était ?

Ah… non, là j’avais dû vérifier, je pense. (Noémie, 17 ans)

Si les dispositifs numériques permettent aux jeunes d’en apprendre toujours davantage sur leurs pairs, ils semblent néanmoins se protéger de possibles intrusions en refusant, par exemple, que leur position géographique puisse être visible. Cela n’est guère surprenant : parce qu’elle est régulièrement utilisée à des fins de vérification d’un discours donné, la géolocalisation par le biais de la SnapMap peut ainsi apparaître comme un palliatif à un manque de confiance en soumettant l’autre à une épreuve de vérité. L’outil apporte une réponse stricte, brutale, sans compromis aux interrogations des adolescents, et la cartographie numérique affichée à l’écran prévaut sur la parole de l’autre, qui peut avouer voire, au mieux, expliquer mais certainement pas contester. La consultation de la position géographique par les jeunes amène ainsi à une obligation de narration pour justifier de leurs déplacements. Ainsi les adolescents manipulent-ils quotidiennement des données personnelles, qu’il s’agisse des leurs ou de celles de leurs proches. Il développent également des stratégies pour vérifier la conformité des discours de leurs proches à un cadre spatio-temporel défini. Dans ces espaces, ce sont eux qui définissent les règles, des règles qu’il est important de comprendre pour analyser la présence des jeunes sur ces réseaux sociaux. La collecte de la position géographique mais aussi la fréquence de celle-ci sont donc ici régies par les adolescents : eux seuls décident de « ce qui ne se fait pas ». Mais en partie seulement : refuser de partager sa position géographique quand la visibilité devient la norme à l’ère hypermoderne apparaît à son tour difficilement justifiable, car c’est déjà avoir, potentiellement, quelque chose à cacher.

  1. Des adolescents préoccupés par la gestion de la visibilité des contenus

Dans leurs usages des réseaux socionumériques et des outils de messagerie instantanée, nos terrains révèlent que les adolescents démontrent tout d’abord une gestion de la visibilité de leurs contenus suffisamment fine pour que le cercle familial en soit volontairement exclu. La transmission parentale indirecte – et donc par le biais de plusieurs individus consécutifs – est celle dont les jeunes cherchent le plus à se protéger, avec plus ou moins de succès. Les résultats de notre recherche sur l’utilisation de Snapchat par les jeunes montrent que, contrairement à Facebook (Marwick et Boyd, 2014), il ne s’agit pas de bloquer la visibilité des contenus auprès des parents qui, le plus souvent, ne sont pas inscrits sur l’application[10]. En revanche, les adolescents se protègent davantage des frères et sœurs ou de tout(e) autre ami(e) qui serait susceptible d’entrer en contact avec la famille :

J’ai bloqué mon frère sur Snap, oui. […] Parce que je n’avais pas envie qu’il voie tout ce que je fais avec mes amis, c’est-à-dire par exemple des soirées un petit peu arrosées, je n’ai pas envie qu’il voie cela. (Tommy, 14 ans)

J’ai mes sœurs sur Snap et quand je vais en soirée, que je fume, que je bois, je n’ai pas forcément envie qu’elles le voient, du coup je les bloque. (Ophélie, 16 ans)

Il y a parfois des personnes, je n’aime pas qu’ils voient ma story parce que j’ai toujours peur… Par exemple, justement les « dossiers », tout ça, je n’ai pas envie qu’il y en ait qui voient ça… Parfois je bloque des gens parce que je n’ai pas envie qu’ils répètent à d’autres gens et que ça puisse remonter jusqu’à mes parents. (Mélissa, 13 ans)

Même lorsqu’ils n’atteignent pas les parents, les contenus partagés dans les stories[11] ne doivent pas être accessibles aux frères et sœurs selon les adolescents interrogés, qui n’hésitent pas à recourir au blocage. Snapchat hérite ainsi de normes déjà observées sur d’autres réseaux sociaux, relatives à la gestion du périmètre de visibilité des contenus en fonction de cercles de contacts plus ou moins proches (Cardon, 2008).

Plus précisément, l’individu à la source de ce blocage est souvent le plus jeune, qui cherche à se protéger de possibles remontrances du grand frère ou de la grande sœur face à des comportements qui sembleraient inappropriés à ces derniers en fonction de l’âge du petit frère ou de la petite sœur, comme le souligne Noémie, lycéenne dans la banlieue toulousaine et très présente sur les réseaux sociaux :

Ton grand frère, tu ne l’as pas sur Snapchat ?

Non, ni sur Instagram.

Pourquoi tu ne l’as pas dessus ?

Pour ne pas qu’il voie ce que je fais.

Le fait que vous ne vous ajoutiez pas sur le même réseau social, c’est un choix qui venait de lui ou de toi ?

Les deux, mais surtout de moi. (Noémie, 17 ans)

 

Ces logiques ont déjà été observées à l’échelle d’autres espaces numériques dans la littérature scientifique : les adolescents s’identifient, justifient leurs pratiques et se positionnent par comparaison avec des individus plus jeunes qu’eux et non des adultes (Lachance, 2011). Lorsque nous avons interrogé un jeune homme de 18 ans géolocalisé par ses parents, celui-ci insistait sur l’inutilité de la démarche en raison de son âge et de son sexe. À l’inverse, la vérification de la localisation de sa petite sœur de 13 ans lui semblait ainsi rassurante pour ses parents et donc parfaitement justifiée. Cela fait également écho à une littérature plus ancienne, relative à la privacy définie comme l’intimité de la vie privée, qui révèle que les individus s’avèrent parfois bien peu concernés par cette problématique tant qu’ils ne se trouvent pas directement concernés.

La nature des contenus partagés joue également un rôle dans les précautions mises en place par les adolescents pour que ceux-ci ne puissent être sauvegardés et réutilisés à mauvais escient. En dehors des contenus intimes, les photographies qui mettent en scène une consommation d’alcool ou de tabac sont celles dont nos interviewés cherchent le plus à se protéger. Dans le cas du tabac, ce résultat se trouve amplifié chez les plus jeunes (12-15 ans). Le blocage temporaire de certains contacts proches ou appartenant à la famille le temps d’une soirée est plutôt rare : souvent, les adolescents bloquent leurs frères et sœurs pour une durée indéterminée. Cela n’est pas toujours suffisant pour les jeunes. Claire, lycéenne dans la banlieue parisienne, développe que le danger vient parfois d’un cercle plus lointain :

Je sais qu’à cause des réseaux sociaux, sur pleins de trucs, je me suis fait choper.

Par exemple ?

La clope déjà, sur les fêtes, sur plein de trucs, ce qui est un peu embêtant.

À cause des réseaux sociaux, ça s’est diffusé en dehors du cercle que tu attendais ?

Oui, par exemple les parents d’amis qui appellent mes parents pour dire, écoute on a vu ça sur une photo, puis ma mère qui me dit, bon, Claire, il va falloir que tu m’expliques. (Claire, 15 ans)

 

Même si la diffusion de certaines photographies leur échappe parfois, les jeunes semblent néanmoins montrer des compétences pour contrôler la visibilité de leurs contenus sur Snapchat. L’accès aux stories ou encore à la géolocalisation en temps réel par le biais de la SnapMap est réglé avec précision par les adolescents, qui disent aussi savoir supprimer les conversations et bloquer des contacts. Lorsque nous leur demandons s’ils se sont déjà rendus dans les paramètres de l’application, les réponses des jeunes sont très similaires :

Oui pour bloquer ou débloquer des personnes, supprimer des conversations, vider le cache de conversations. Sinon, changer des émojis d’amis. (Noémie, 17 ans)

Oui, principalement pour bloquer les personnes, changer mon nom d’utilisateur, pour activer le mode fantôme, et je crois que c’est tout. (Thomas, 18 ans)

J’y suis allée pour la map oui, je voulais sélectionner les amis qui pouvaient me localiser. Parce que moi je ne veux pas que tout le monde puisse voir où je suis. (Laura, 16 ans)

Oui, par exemple pour n’autoriser des snaps que de mes amis, n’autoriser ma story qu’à mes amis. (Sonia, 17 ans)

La première fois [dans les paramètres] je suis allée voir les réglages pour régler tout ce qui est confidentialité, tout ça, qui peut nous contacter, voir ma story, voir l’utilisation, tout ça. (Louane, 14 ans)

À l’issue de chaque entretien, nous avons demandé à chaque adolescent d’accéder sous nos yeux aux paramètres de Snapchat sur son smartphone, et de nous montrer « en temps réel » ce qu’il y règle. Pour la grande majorité des jeunes, l’accès rapide et direct aux paramètres de l’application confirme qu’ils s’y rendent régulièrement. Nous en déduisons ainsi que les jeunes possèdent de réelles compétences dans la gestion de la visibilité des contenus qu’ils partagent à leurs pairs dans ce réseau social.

Tous, sans exception, nous présentent l’onglet « Qui peut ? » qui permet d’ajuster la visibilité de son profil, des contenus partagés et de sa position géographique. Mais un autre élément est à prendre en compte. En s’appuyant sur les verbatim ci-dessus ainsi que nos observations, un autre facteur explicatif se dévoile : l’interface des paramètres proposée par l’application se révèle suffisamment claire et accessible pour que les adolescents gardent le contrôle sur la diffusion de ce qu’ils y partagent (capture d’écran ci-contre). Cette interface favoriserait donc une expérience utilisateur très accessible que les jeunes ne retrouvent pas, selon nos observations, sur l’application Facebook dans laquelle ces mêmes réglages sont plus dispersés et complexes à atteindre[12].

Le réseau social préféré des jeunes apparaît donc comme un service respectueux de leur vie privée, dans lequel la problématique de la privacy-by-design a été minutieusement étudiée, tout du moins dans le cas du partage des contenus et de la localisation. Nous ne retenons pas l’exemple de Snapchat au hasard : celui-ci permet de démontrer qu’il est possible – bien que malheureusement peu fréquent –, au sein des applications, de développer des interfaces favorisant la gestion de la visibilité des contenus.

Même si, encore une fois, nous ne généraliserons pas ces constats à partir de cette enquête qualitative menée auprès de dix-sept jeunes, les grandes tendances développées ici s’inscrivent dans la lignée des résultats récents mis en évidence dans la littérature scientifique récente en socio-anthropologie de l’adolescence. Nous relevons par exemple que s’ils sont de plus en plus présents dans des réseaux socionumériques toujours plus diverses et dont le fonctionnement échappe souvent aux profanes (le fait que les parents ne soient pas sur Snapchat, Instagram, Askip ou TikTok ne fait par exemple que renforcer l’attractivité de ces services pour les jeunes), les ados ne laissent que peu de place au hasard quant à ce qu’ils décident de montrer ou de ne pas montrer d’eux-mêmes. Au contraire, ils semblent définitivement capables de paramétrer la visibilité de leurs contenus mais aussi des données personnelles (e.g. la position géographique) qu’ils sont susceptibles de transmettre à leurs pairs.

  1. Collecte et partage des données en dehors du cadre des pairs et de la famille

Il reste néanmoins un élément qui nous amène à modérer ce précédent enthousiasme en observant les compétences déployées par les adolescents dans les espaces numériques. Les données personnelles, telles que la position géographique que nous évoquions précédemment, ne sont pas uniquement partagées auprès des pairs ou des parents. Et lorsqu’il s’agit de la collecte de ces données par les responsables de traitement, les adolescents restent bien peu sensibilisés. Par exemple, dans notre même enquête sur Snapchat, aucun jeune n’évoque spontanément une volonté de changer ses paramètres pour limiter l’usage publicitaire de ses données. Les réponses aux questions plus directives prolongent ce constat. Dans notre échantillon, seul Thomas, lycéen en bac pro électrotechnique dans la région parisienne, met en évidence une catégorie relative aux conditions générales d’utilisation et à l’exploitation de ses données et qui ne concerne donc pas la visibilité par les pairs :

Est-ce que tu as déjà essayé de vérifier ce que Snapchat récoltait en données sur toi ?

Alors vérifier, non, je pense que ce n’est pas à ma portée, enfin je n’ai pas eu le temps de faire de recherches.

Par rapport à avant, tu trouves que tu fais plus attention à ce que tu postes ?

Oui, par rapport à avant où j’étais plus jeune, où je ne lisais pas forcément les petites lignes.

Oui, c’est-à-dire que maintenant tu lis quelques petites lignes ?

Oui ça m’arrive de lire parfois en diagonale, parce que parfois les contrats ou les avertissements sont trop longs, ça nous prend trop de temps de les lire… (Thomas, 18 ans)

 

Si le jeune homme témoigne de sa volonté de « lire les petites lignes » et de faire davantage attention à ce qu’il poste que lorsqu’il était plus jeune, témoignant d’une évolution dans ses pratiques, il admet ne pas lire autrement « qu’en diagonale » car cela prend « trop de temps ». Lorsque nous l’interrogeons sur le droit d’accès afin qu’il puisse vérifier les données que l’application a effectivement collectées, Thomas indique, fataliste, que « ce n’est pas à sa portée ». Lors d’une enquête sur la déconnexion aux technologies de l’information et de la communication réalisée il y a quelques années, nous montrions par ailleurs que notre échantillon de jeunes adultes éprouvait bien des difficultés à identifier précisément quels services étaient susceptibles de collecter leur position (Bruna, 2014). Mêlant enquête quantitative et expérimentation, cette étude avait également pour objectif de comparer le discours des jeunes (déclaratif) et leurs compétences concrètes (effectif)[13]. Nous en arrivions au résultat que ces individus n’étaient majoritairement pas capables d’effectuer certaines manipulations relatives à la gestion de leurs données personnelles, même lorsqu’ils le prétendaient dans le discours. Parmi les manipulations demandées, désactiver le geotagging des photos ou afficher dans les paramètres du smartphone une liste des applications utilisant leur position étaient celles qui présentaient le plus fort taux d’échec. La distinction entre, d’une part, les compétences effectives des jeunes dans la gestion de la visibilité des contenus partagés auprès des pairs et, d’autre part, dans le paramétrage de la collecte de leurs données par des organismes apparaît donc fondamentale.

Ainsi, l’ensemble des résultats que nous avons obtenus jusqu’à présent dans nos terrains s’orientent dans la même direction que ceux obtenus par Boyd et Marwick en 2014, dans une recherche essentiellement focalisée sur Facebook, où les chercheuses en arrivent à la conclusion que si les adolescents développent de nombreuses compétences pour gérer la visibilité de leurs contenus et le partage des données personnelles, en se rendant régulièrement dans les paramètres pour les ajuster finement, c’est essentiellement dans l’objectif de contrôler ce qu’ils montrent d’eux-mêmes à différents cercles de contacts, tandis que la collecte de ces données par les responsables de traitement ne semble pas au centre de leurs préoccupations. Selon les jeunes, cela s’explique principalement par le fait qu’ils déclarent ne pas avoir vécu d’expérience négative liée à une collecte de données par des organismes, contrairement à une utilisation inappropriée de leurs contenus et données personnelles par leurs proches telle que nous la décrivait Claire au-dessus, lorsqu’elle fut contrainte de justifier l’existence de certaines photographies à ses parents.

La littérature scientifique, tout comme nos récents résultats sur la question, nous amènent ainsi à proposer le tableau de synthèse suivant afin d’éclairer les intervenants sur les connaissances et compétences des adolescents dans différents domaines (géolocalisation, visibilité des contenus, etc.) auprès de trois audiences distinctes : les parents, les amis et les responsables de traitement que nous nommerons plus simplement organismes. Sans surprise, c’est dans cette dernière colonne que la marge de progression des jeunes reste la plus importante.

Tableau : Connaissances et compétences des adolescents dans la gestion des données

 

Conclusion : des adolescents acteurs de leurs données ?

À travers cet état des lieux des connaissances et compétences des adolescents en matière de gestion des données personnelles, nous souhaitions insister sur des points précis relevés au cours de nos recherches antérieures et dans la littérature scientifique. En prenant le cas de Snapchat et, minoritairement, d’Instagram, nous sommes au plus près des habitudes quotidiennes des adolescents en termes de fréquentation des réseaux socionumériques. Les jeunes s’y révèlent particulièrement habiles pour gérer avec précision la visibilité des contenus qu’ils y échangent : ils distinguent les contenus publics et les contenus privés, savent paramétrer l’audience qu’ils souhaitent atteindre et modifient même la durée d’affichage de ce qu’ils partagent. De la même façon, ils exploitent à leur tour les données personnelles de leurs pairs, le plus souvent à des fins de conformité à un discours donné, mais aussi plus rarement par simple curiosité. Dans ce contexte, ils donnent une forte valeur ajoutée à l’outil, qui fait office de preuve irréfutable d’une présence dans tel lieu et à tel moment.

Dans les réseaux socionumériques éphémères, les jeunes savent également agir sur la temporalité des contenus qui leur sont envoyés, par exemple par le biais d’une capture d’écran qui rend possiblement permanent ce qui était envoyé, initialement, à titre temporaire. Il en découle des stratégies de contournement, d’offuscation, ainsi que des détournements d’usage pour maîtriser ces espaces numériques qui se caractérisent par des normes sociales particulièrement strictes. Pour les intervenants, il s’agit de prendre en compte à quel point les jeunes s’avèrent d’ores et déjà compétents dans ce domaine afin de savoir ce qu’il est possible de leur apporter, notamment en matière d’actions à opposer lorsque des données et contenus parviennent à échapper à leurs propriétaires.

Mais, malgré la dextérité dont les digital natives font preuve pour protéger leurs contenus et données d’une réutilisation par leurs pairs, ceux-ci demeurent bien plus vulnérables lorsque le collecteur devient un responsable de traitement. Montrer la liste des applications susceptibles d’utiliser leur position géographique, désactiver le geotagging des photographies, savoir à quelles données peuvent avoir accès les services installés sur un smartphone représentent souvent autant d’inconnues pour des adolescents qui semblent pourtant se soucier d’être dans l’ignorance lorsqu’ils estiment, par exemple, que « ce n’est pas à leur portée ». Là encore, les jeunes font partie de ceux qui aimeraient en savoir davantage, et s’ils n’y parviennent pas, c’est avant tout parce qu’ils n’en ont pas les moyens cognitifs. C’est dans ce domaine que la marge de progression semble la plus importante, et c’est donc prioritairement ici que nous pourrions inviter les professionnels de l’adolescence à agir. Le contexte juridique se montre en outre particulièrement favorable, avec la mise en application récente du Règlement général pour la protection des données (RGPD) qui vise non seulement à restreindre et mieux encadrer la collecte des données par les responsables de traitement, mais aussi et surtout à conférer de nouveaux droits aux individus afin que ceux-ci puissent, finalement, devenir acteurs de leurs données.

 


 

Notes de bas de page

[1]        Acronyme faisant référence à Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft, cinq grandes entreprises américaines qui sont parmi les responsables de traitement les plus puissants de la planète.

[2]        Nous distinguons les données personnelles (définies par la CNIL selon leur caractère identifiant) qui comprennent par exemple le nom, l’adresse ou encore la position géographique, des contenus (photographie, vidéo, message) échangés par les jeunes.

[3]        Nous entendons par espaces hybridés la juxtaposition des espaces numériques et des espaces physiques, sans que l’un ou l’autre ne s’excluent. L’hybridation spatiale résulte en la combinaison de ces deux espaces, de telle sorte que nous n’entrons plus aujourd’hui dans l’un ou dans l’autre : les deux se confondent (De Souza e Silva, 2006).

[4]        Source : https://www.journalducm.com/2016/11/04/profil-utilisateurs-francais-facebook-twitter-linkedin-instagram-snapchat-2016-13242/

[5]        Données issues d’une vaste enquête quantitative réalisée auprès des adolescents du Pays basque par Mara Sierra et à paraître prochainement.

[6]        Source : http://uk.businessinsider.com/a-primer-on-snapchat-and-its-demographics-2014-6

[7]        Source : https://www.corporate.bouyguestelecom.fr/wp-content/uploads/2018/09/ObservatoireBouyguesTelecom-PratiquesNumeriquesFrançais-SEPT18.pdf

[8]        Fonctionnalité permettant la localisation des contacts sur Snapchat, disponible sur l’application depuis le rachat de la start-up française Zenly.

[9]        Les résultats exposés ici sont issus d’une enquête qualitative réalisée en 2018 auprès de 17 adolescents de 12 à 18 ans qui utilisent régulièrement les réseaux sociaux Snapchat et Instagram, dans le cadre d’une recherche sur les rapports au temps des jeunes à l’heure des échanges de contenus éphémères sur Snapchat, réalisée au sein d’Orange Labs (Laboratoire SENSE). Ces jeunes ont été sélectionnés en raison de leur possession d’un smartphone et de leur utilisation de Snapchat, ils sont répartis dans plusieurs villes et espaces urbains français de tailles différentes (Paris, banlieue, Rennes, Pau, Toulouse, Bordeaux, Bayonne, Nancy, Metz), et selon leur sexe (9 filles, 8 garçons).

[10]      Dans notre échantillon, seuls deux adolescents sur dix-sept ont un de leurs parents inscrit sur Snapchat.

[11]      Ensemble de photographies et contenus vidéo qui restent affichés durant 24 heures. S’ils ne sont pas sauvegardés par le biais d’une capture d’écran, ces contenus sont amenés à disparaître : les stories sont donc caractérisées par leur éphémérité.

[12]      Ce ressenti, accompagné des propos de certains adolescents dans les entretiens de cette enquête, ne saurait toutefois être généralisé : une étude comparative sur cette thématique est nécessaire pour en tirer des conclusions.

[13]      Enquête quantitative et expérimentation menées auprès de 600 individus répartis dans trois villes du Grand Sud-Ouest : Bordeaux, Toulouse et Pau, en 2013-2014. L’échantillonnage avait été effectué par quotas : 200 individus par ville équitablement répartis selon leur sexe et leur âge.

 

Références

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