Les TIC et la violence dans les relations amoureuses des adolescents chiliens : pistes pour l’intervention

Auteure : Tatiana Sanhueza

Cet article s’insère dans une large étude qualitative sur les représentations sociales de la violence dans les relations amoureuses (VRA) chez les adolescents chiliens. 48 adolescents âgés de 14 à 18 ans fréquentant des écoles publiques et privées ont été questionnés en groupes de discussion. La technologie ressort comme un marqueur d’identité des générations actuelles lié aux pratiques amoureuses des jeunes et à la violence associée. Les effets négatifs des réseaux sociaux pousseraient certains à s’identifier comme la génération de la méfiance. L’article aborde les facteurs modulant la demande d’aide. Des stratégies de prévention de la VRA utilisant les technologies de l’information et des communications (TIC) et des orientations pour l’avenir de la recherche sont suggérées.

Mots-clés : TIC, prévention, violence dans les relations amoureuses, adolescents, Chili

Abstract : This article forms part of a broader qualitative study on social representations of dating violence (DV) among Chilean adolescents. We conducted focus group interviews with 48 public and private school students between the ages of 14 and 18. The study highlights technology as a marker of identity of current generations closely related to the love practices of young people and the violence that is linked to it. The negative effects of using social networks would lead some participants to identify themselves as the “generation of mistrust”. The article discusses the factors modulating the demand for aid. DV prevention strategies using ICT from the perspective of participants, as well as directions for the future of research, are suggested.

Keywords : Keywords: ICT, prevention, dating violence, adolescents, Chile

Pour citer cet article : 

Sanhueza, T. « Les TIC et la violence dans les relations amoureuses des adolescents chiliens : pistes pour l’intervention », [En ligne], in Revue de Socio-Anthropologie de l’adolescence, no.3, février 2019, p.65-79.

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Les TIC et la violence dans les relations amoureuses des adolescents chiliens : pistes pour l’intervention

 

INTRODUCTION

Le rôle joué par les technologies de l’information et des communications (TIC)[1] dans la vie des jeunes, leurs rapports amoureux et leurs expériences de violence dans les relations amoureuses (VRA) est documenté par une littérature florissante traitant des cyberviolences. Bien qu’il s’agisse pour certains auteurs d’une « nouvelle forme de violence » (Marganski et Melander, 2017), d’autres affirment que l’utilisation des TIC reflète de nouvelles pratiques sociales dont peut découler une « violence médiée par les TIC et le Web » (Jochems, Harper et Dubé, 2015). L’influence du contexte social sur le processus de construction identitaire et d’autodétermination propre à l’adolescence (Connolly, Heifetz et Boislard, 2014), le caractère immédiat de la technologie et la confidentialité des communications exposeraient les usagers à un impact accru de la violence (Temple, Choi, Brem, Wolford-Clevenger, Stuart et al., 2016). Bien que les programmes actuels développent peu cette stratégie, les TIC pourraient être exploitées pour la prévention (Fernet, Hébert, Lavoie et Bédard, 2016). Les points de vue des adolescents sur le sujet ont plutôt été ignorés. Puisqu’ils sont les acteurs les mieux placés pour orienter les solutions à mettre en place pour faire face aux problèmes qui les affectent, il s’agit d’une importante lacune.

La rareté des données latino-américaines limite la compréhension des enjeux sociaux liés à ces nouvelles pratiques et l’élaboration de stratégies de prévention de la VRA adaptées à cette population. À l’instar des travaux de Lavoie et al, nous comprenons la VRA comme « tout comportement ayant pour effet de nuire au développement de l’autre en compromettant son intégrité physique, psychologique et sexuelle » (Lavoie, Vézina, Gosselin et Robitaille, 1994). Dans le cas du Chili, la VRA affecte entre 7 et 15 % des adolescents de différentes classes sociales (Instituto Nacional de la Juventud, 2012). Cependant, les écrits scientifiques sur le sujet restent rares, les recherches s’étant davantage intéressées aux adultes. Les études s’étant intéressées à la population adolescente chilienne ont démontré l’augmentation des conduites à risque et des violences en milieu scolaire (Fries, Grogan-Kaylor, Bares, Han et Delva, 2013) ainsi que la présence d’indicateurs de santé mentale préoccupants (Molina, George, González, Martínez, Molina et al., 2012), ce qui en fait une population particulièrement vulnérable. L’absence de politiques de prévention dédiées à cette population affaiblit les stratégies d’intervention. En outre, le choix d’étudier le contexte chilien s’explique en raison de ses caractéristiques culturelles. En effet, valeurs traditionnelles et stéréotypes de genre coexistent avec des représentations modernes et plus égalitaires (Programme des Nations Unies pour le développement, 2010). Cette hétérogénéité chilienne pourrait représenter une distinction par rapport aux sociétés dont le contexte culturel est caractérisé par des processus définis d’individuation, affectant possiblement les expériences et les attitudes des jeunes envers la VRA.

Cet article expose les résultats d’une étude qualitative plus large sur les représentations sociales de la VRA chez les adolescents chiliens, menée au Chili en 2014. L’étude privilégie la théorie des représentations sociales et une approche pluriméthodologique. Deux méthodes ont été utilisées : l’association libre et les groupes de discussion. Le présent article privilégie l’analyse des résultats issus de la deuxième méthode. Il tend à répondre à la question suivante : du point de vue des participants, les TIC pourraient-elles être utilisées à des fins de prévention de la VRA ?

 

RÉSEAUX SOCIAUX, ADOLESCENCE ET VRA

 

Rôle pivot des réseaux sociaux et des pairs à l’adolescence

Durant l’adolescence, la capacité à posséder et à faire valoir une forme d’intimité – expérience subjective du corps, du lien social et de l’identité – représente une ressource symbolique importante. Plusieurs travaux ont montré comment les réseaux sociaux sont mobilisés, en particulier par les jeunes, comme des supports d’expression et d’expérimentation identitaire (Balleys, 2017a). En effet, si l’exploration d’espaces est intensifiée dans le processus de construction d’identité des adolescents, lequel est certainement accompagné de l’utilisation des nouvelles technologies, les réseaux sociaux (Facebook, WhatsApp, Instagram, Twitter, etc.) jouent un rôle important dans les communications quotidiennes des jeunes.

Pour certains auteurs, l’importance de ces pratiques chez des jeunes pourrait avoir des effets négatifs sur les processus de socialisation ; le contexte technologique actuel développerait « au maximum l’abstraction des relations sociales, autrement dit, les relations face à face ou interpersonnelles [diminueraient ou seraient] de plus en plus superflues » (Cárcamo et al., 2008 : 40)[2]. En raison de l’anonymat que procure le web, l’usage des réseaux sociaux par les adolescents serait vu comme accessoire, périphérique, nocif ou dangereux, affectant leur développement identitaire (Tisseron, 2008) et leur processus d’autonomisation et d’individualisation caractérisant le passage de l’enfance à l’adolescence (Galland, 2011).

Pour d’autres auteurs, les jeunes utiliseraient ces nouvelles technologies pour maintenir et approfondir les relations existantes. En effet, plusieurs études documentent qu’ils utilisent ces outils pour « rester en contact avec leurs amis et s’en faire de nouveaux, pour socialiser, pour partager des informations ou des contenus numériques amusants, pour se donner rendez-vous, pour s’informer, se divertir, prendre part à des débats publics et même, trouver du réconfort devant l’adversité » (Caron, 2017 : 50). À cet égard, ces pratiques ne sont pas accessoires ou périphériques ; elles se situent plutôt en continuité avec leurs pratiques hors ligne. L’utilisation des technologies ne remplacerait pas leurs relations directes et ne les isolerait pas. Autrement dit, chez les adolescents, les réseaux d’amis et les liens sont souvent déjà constitués. Ainsi, l’opposition/séparation entre les mondes « physique » et « virtuel » ne ferait tout simplement pas de sens pour eux (Caron, 2017).

Bien que la socialisation adolescente soit plurielle, force est de constater que les pairs incarnent une instance de légitimation de soi essentielle, particulièrement par leur légitimité à octroyer ou non de la reconnaissance (Boyd, 2014). Le prestige social dont jouit un adolescent, en ligne et hors ligne, est lié à l’estimation que font ses pairs de sa qualité et de sa manière de se présenter aux autres. Donc, « les pratiques de visibilisation et de dévoilement de soi en ligne […] sont à comprendre comme une façon de faire fructifier le capital social et non pas comme une renonciation inconditionnelle à la vie privée » (Balleys et al., 2015 : 3). Comme le montrent des études récentes, les liens amicaux et amoureux tissés entre pairs à l’adolescence constituent les principales ressources mobilisées dans les processus de répartition du prestige au sein des différents réseaux de sociabilité. Ainsi, si être en couple peut conférer un capital social et se traduire en un prestige social (Caron, 2017), quand le lien social est menacé, le statut social l’est aussi. La VRA médiée par les TIC risquerait donc d’affecter le statut social des jeunes.

Les relations amoureuses et sexuelles représentent pour les adolescents un espace d’exploration des pratiques de genre, lesquelles pourraient être à la base des comportements agressifs dans le couple. En effet, certaines normes de genre[3] pourraient reproduire un ordre de genre fondé sur une organisation sociale hiérarchisée qui confine le féminin dans une position inférieure et un espace dévalorisé (l’espace privé) et le masculin dans une position privilégiée et un espace valorisé (l’espace public). Cela pourrait reproduire un contexte plus large d’inégalités de genre : le sexisme. En outre, la consolidation de la continuité entre sexe et genre, « ce que sont naturellement garçons et filles avec ce qu’ils et elles doivent être socialement » (Clair, 2007 : 146), peut teinter le parcours amoureux. Les technologies socionumériques, comme le souligne Balleys (2017b), n’échappent pas à cette perception binaire du genre.

 

TIC et VRA

Le caractère répandu de l’utilisation des réseaux sociaux chez les adolescents ainsi que les caractéristiques uniques de la cyberviolence expliquent l’intérêt émergeant des chercheurs. En effet, cette dernière peut être extrêmement humiliante, se produire rapidement, facilement et de manière continue, et elle peut arriver n’importe où et n’importe quand, ce qui augmenterait son impact (Temple, Choi, Brem, Wolford-Clevenger, Stuart et al., 2016). La nature permanente, publique et étendue du partage de messages numériques peut causer – par rapport aux autres types de violence – une plus grande revictimisation. C’est-à-dire qu’une personne qui a vécu de la violence dans un contexte a une grande probabilité de l’expérimenter dans un autre contexte. Plusieurs études documentent qu’entre 35 et 73 % des adolescents affirment avoir été victimes de cyberviolence (Marganski et Melander, 2018). Parmi les comportements les plus souvent nommés par les adolescents se trouvent : utiliser le compte du partenaire sans sa permission et lui faire peur afin qu’il ne réponde pas à un appel ou un message (Peskin, Markham, Shegog, Temple, Baumler et al., 2017) ; recevoir sans le vouloir des photos ou messages à connotation sexuelle de leur partenaire (Zweig, Dank, Yahner, et Lachman, 2013) ; isoler son partenaire ou le rendre jaloux ; se disputer, surveiller la localisation d’un partenaire, contrôler ses activités ou commettre une agression émotionnelle (Draucker et Martsolf, 2010). Bien que ces façons d’utiliser la technologie puissent être associées à la violence, à l’abus et au contrôle, certaines études révèlent qu’elles sont considérées par les adolescents comme irritantes, mais non comme violentes (Zweig, Lachman, Yahner et Dank, 2014).

Par ailleurs, on en sait peu sur la concomitance[4] de cyberviolence avec les autres formes de VRA. Les études portant sur ce sujet (Peskin et al., 2017 ; Smith, Cénat, Lapierre, Dion, Hébert et Côté, 2018) constatent qu’elle est plus souvent exercée dans deux espaces interreliés : en présentiel et en ligne. Cela concorde avec les études qui constatent que les pratiques numériques des jeunes sont situées en continuité avec leurs pratiques hors ligne (Balleys, 2015 ; Caron, 2017). Plusieurs études documentent par exemple que la technologie – notamment Facebook – exacerberait la jalousie entre les amoureux (Rueda, Lindsay et Williams, 2015). L’étude menée par Zweig et al. (2013) documente que la moitié (n=5 647) des victimes de cyberviolence a vécu la violence physique et que presque la totalité a expérimenté l’abus psychologique. D’ailleurs, Temple et al. (2016) documentent la concomitance entre les violences physique et psychologique et soulève que les victimes peuvent les expérimenter dans de multiples contextes (revictimisation).

Concernant les différences de genre dans les expériences de cyberviolence, les résultats ne sont pas concluants. Certaines études rapportent qu’il existe des différences entre les filles et les garçons. Zweig et al. (2014) affirment qu’être une femme est un facteur fortement associé à la cyberviolence. D’autres études soulèvent plutôt qu’il n’existerait pas de différences de genre dans la prévalence, la victimisation et la perpétration de cette pratique (Smith et al., 2018). Toutefois, comme le soulignent Peskin et al. (2017), si la cyberviolence est associée à la violence physique et émotionnelle, le rôle qu’y joue le genre doit être exploré.

Dans le cas du Chili, une étude menée par l’Institut de la jeunesse (2016) (n=1 012) sur la perception des jeunes sur la cyberviolence rapporte que 64 % des participants affirment que les réseaux sociaux provoquent la violence au sein des couples. Par ailleurs, 25 % des jeunes rencontrés affirment avoir espionné le téléphone de leur partenaire. Toutefois, la connaissance sur le sujet reste embryonnaire.

 

TIC et prévention

Les études portant sur le processus d’implantation de ce type d’intervention sont rares. Certains auteurs soutiennent que pour réduire l’occurrence de la VRA, les programmes de prévention doivent viser les attitudes envers la violence et le harcèlement (Peskin et al., 2017). D’autres auteurs soulignent que des programmes de prévention axés sur l’entourage des adolescents sont hautement recommandés. En effet, plusieurs ont nommé l’importance de développer des stratégies pour augmenter les compétences et l’implication des intervenants en prévention de la VRA (Jochems et al., 2015) et des autres problématiques vécues par les jeunes (Thoër, Noiseux, Siche, Palardy, Vanier et al., 2017).

Par ailleurs, les programmes de prévention de la VRA ciblant les jeunes latino-américains révèlent l’importance de la famille en tant qu’espace privilégié dans leur culture (Malhotra, Gonzalez-Guarda et Mitchell, 2015). Un programme adressé aux parents doit mettre l’accent sur leur compréhension des pratiques des adolescents, des pratiques numériques et de la cyberviolence. L’école est aussi vue comme un espace privilégié pour mettre en œuvre des protocoles clairs afin de mieux intervenir auprès des étudiants (Fernet et al., 2016). Dans le cas du Chili, l’utilisation des TIC pour prévenir la VRA reste un défi.

 

CADRE THÉORIQUE ET DÉMARCHE MÉTHODOLOGIQUE

 

Cadre théorique

La recherche repose sur les fondements de la théorie des représentations sociales qui constituent une connaissance dite « de sens commun », dont la spécificité réside dans le caractère social des processus qui les produisent. Il s’agit de l’ensemble des connaissances, croyances et opinions partagées par un groupe à l’égard d’un objet social donné (Guimelli, 1994). Cette étude s’appuie sur la définition proposée par Abric (2011), qui conçoit les représentations sociales comme « un système d’interprétation de la réalité qui régit les relations des individus et leur environnement physique et social ; elle va déterminer leurs comportements ou leurs pratiques […] [et] est un guide pour l’action […] » (p. 17). Ainsi, les représentations sociales sont dépendantes des normes et des valeurs dans lesquelles elles s’ancrent, c’est-à-dire le contexte autant discursif (conditions de production du discours sur la violence et rapports de genre) que social (Chili) et la place occupée dans le système social et symbolique par l’individu ou le groupe concerné (adolescents chiliens).

Méthodologie

L’étude est de nature qualitative-exploratoire et la collecte de données s’est déroulée au printemps 2014 dans trois villes de la province de Concepción, au Chili, après approbation par le Comité universitaire d’éthique de la recherche de l’Université Laval (Québec, Canada). La question à la base de cette étude, « comment les adolescents chiliens se représentent-ils la VRA ? », vise à approfondir la compréhension des aspects subjectifs relatifs à ce sujet.

 

Procédure, méthode de collecte, analyse des données

Une diversification de l’échantillon en fonction du genre et de la classe sociale a été effectuée, ces facteurs étant susceptibles de moduler les représentations sociales de la VRA (Spriggs, Halpern, Herring et Schoenbach, 2009). On a retenu le type d’école d’appartenance des participants plus que la catégorie socioprofessionnelle (CSP) de leurs parents, puisque le système scolaire chilien est hautement stratifié et constitue un indicateur de la classe sociale (Madero, 2011).

Environ 1000 étudiants de sept lycées publics et privés ont d’abord été rencontrés afin que leur soient expliqués verbalement la recherche, ses objectifs, son contenu, les retombées potentielles et le caractère volontaire et confidentiel de leur participation. Un formulaire de consentement à signer par les adolescents et leurs parents a été distribué. Au final, 142 étudiants ont accepté de participer à une première collecte basée sur une méthode d’association libre. Dans ce même document, une deuxième phase était proposée aux adolescents. C’est ainsi qu’on a pu rencontrer, dans le cadre de groupes de discussion, 48 de ces étudiants.

Le présent article présente l’analyse des résultats obtenus des groupes de discussion. Cette méthode a été privilégiée vu sa pertinence pour l’étude des représentations sociales (Kalampalikis, 2004). En outre, considérant l’importance des pairs à l’adolescence, cette méthode facilite la reproduction des conversations quotidiennes des jeunes (Letendre et Williams, 2014).

Pour l’étude, 12 groupes de discussion non mixtes[5] (moyenne : 4 participants/groupe) ont été constitués, et la saturation a été atteinte après la collecte de deux groupes pour chaque type de participants[6]. Les rencontres ont duré entre 90 et 120 minutes, en dehors des périodes de classe, et ont été animées par la chercheuse principale (autrice de l’article), accompagnée d’un ou une auxiliaire de recherche selon le sexe du groupe. Un guide d’entrevue a été utilisé pour animer les échanges autour des thèmes suivants : ce qu’est une relation amoureuse saine ; les gestes, conduites ou attitudes considérés comme violents ; les similitudes et différences perçues entre les filles et les garçons, entre les jeunes et les adultes ; la demande d’aide ; les stratégies pour prévenir la VRA, etc.

Le contenu des discussions a été analysé selon la méthode d’analyse de contenu thématique. Les données colligées ont été enregistrées, puis transcrites intégralement dans leur langue d’origine (espagnol) de manière à préserver le maximum d’expressions typiques et à assurer la crédibilité de la recherche. À l’aide du logiciel NVivo 10, après plusieurs lectures de familiarisation, la catégorisation et la classification par thème du contenu – vérifiées par une autre chercheuse – ont conduit à des regroupements successifs d’énoncés se basant sur leur proximité de sens. Ce modèle ouvert (L’Écuyer, 1987) a été choisi en raison du caractère exploratoire de la recherche. Les noms des participants et toute information personnelle ont été supprimés pour assurer la confidentialité.

Échantillon

Parmi les 48 étudiants (filles [54,1 %] et garçons [45,8 %], âgés de 14 à 18 ans [moyenne : 16 ans]), 52 % vivent dans une famille nucléaire, 35,4 % dans une famille élargie et 13 % dans une famille monoparentale. Au moment de la recherche, la plupart des répondants (85,3 %) ont déjà vécu une relation amoureuse. De plus, les filles déclarent davantage que les garçons avoir vécu des violences ou y avoir été exposées, notamment dans le milieu familial (21 % vs 8 %) ou dans leurs relations amoureuses (17 % vs 7 %).

 

ANALYSE ET INTERPRÉTATION DES DONNÉES

L’analyse des données a permis de dégager différents thèmes exposant les opinions des participants sur la représentation de la VRA, les différences entre adultes et jeunes par rapport à l’utilisation de la technologie, la demande d’aide et la prévention de la VRA. Dans cet article, les résultats sont exposés de manière interprétative, en s’appuyant de citations et d’extraits de dialogue.

 

REPRÉSENTATIONS DE LA VRA ET RÉSEAUX SOCIAUX

VRA : dimension physique et genre

La présente étude met en évidence que la représentation de la VRA construite par les participants est profondément ancrée dans sa dimension physique. Les coups représentent l’image de la violence la plus évoquée, comme l’illustre Maria Carolina : « […] j’imagine que “violent”, c’est plus des coups ou quelque chose comme ça… » Cette représentation entraverait l’identification des manifestations moins évidentes comme celles de nature psychologique ou verbale, ainsi que la manipulation ou le contrôle.

Par ailleurs, les discours de genre naturalisant qui reproduisent des représentations antagoniques et hiérarchiques des filles et des garçons sont bien présents dans la représentation de la VRA chez les participants. La présente étude concorde avec d’autres révélant des divergences de genre concernant les formes de violence utilisées (Foshee, Linder, MacDougall et Bangdiwala, 2001). En effet, pour certains participants rencontrés, la violence psychologique est exercée davantage par les filles ; la violence physique, par les garçons :

— Les femmes [font] plus [de violence] psychologique […] (Fernanda)

— Oui, […] les hommes, par contre, je me suis rendu compte qu’ils utilisent souvent les coups de poing […] (Nina)

 

Cette représentation reproduirait les traits qui caractérisent de façon stéréotypée les genres : les filles sont plus délicates et plus habiles verbalement que les garçons. Selon la théorie des représentations sociales, cette différentiation selon le genre leur permettrait « d’anticiper, de légitimer et d’expliquer leurs comportements à l’aide de traits les caractérisant eux-mêmes et de traits caractérisant les membres d’autres groupes » (Deschamps et Moliner, 2012 : 99). Cette représentation identitaire comporte une dimension émotionnelle des représentations de la VRA qu’il est important d’approfondir dans de futures études et les programmes de prévention.

Par ailleurs, l’interprétation donnée aux coups ne serait pas la même que le geste soit commis par un garçon ou par une fille. Ces différences de significations sont cohérentes avec les résultats de Cercone, Beach et Arias (2005), qui soulignent la nécessité d’interprétations distinctes de la violence exercée selon le genre, le contexte et l’impact. Les coups incarnent l’utilisation de la force associée à la violence perpétrée par les hommes. Cette représentation, partagée par les participants, coïncide avec les études réalisées auprès des adultes. Cette concordance reflète le caractère stable des composantes centrales des représentations sociales de la violence intime, liée aux conditions historiques, sociologiques et idéologiques existant dans la société chilienne. Cette représentation influencerait l’interprétation de la violence exercée par les filles, qui pourraient percevoir l’utilisation de la force comme un acte inoffensif (Foshee et al., 2001), moins grave ou moins « choquant » comme l’explique Janice : « On ne peut pas mesurer la gifle d’un homme en comparaison avec celle d’une femme. Donc, un homme [qui] frappe une femme, c’est beaucoup plus choquant qu’une femme qui frappe un homme. »

L’idée que l’utilisation de la technologie organiserait les comportements amoureux ressort lorsque les adolescents rencontrés expliquent comment les réseaux sociaux peuvent les affecter. Selon eux, l’utilisation des réseaux sociaux pour contrôler ou épier un partenaire est commune chez les adolescents. Ces comportements peuvent alimenter la jalousie et nuire à la relation. Néanmoins, les participants semblent hésiter à les identifier comme de la VRA. Cela est cohérent avec des études sur les cyberviolences, révélant que ces comportements sont considérés comme irritants, mais non comme violents par les adolescents (Zweig et al., 2014). Le dialogue des filles illustre ce constat :

— Les adolescents considèrent que surveiller le Facebook ou le WhatsApp de son amoureux, c’est de la violence ? (chercheuse)

— Je crois qu’ils ne considèrent pas cela comme de la violence. (Fernanda)

— Je crois […] que les adolescents ne sont pas convaincus de ce qu’est la violence, donc ils ne savent pas comment la reconnaître. (Nina)

 

Réseaux sociaux et identité générationnelle

La présente étude documente le rôle pivot joué par la technologie dans les relations amoureuses établies par les adolescents rencontrés. Comme nous l’avons indiqué plus tôt, la littérature expose des positions divergentes quant aux effets des plateformes numériques sur la vie des jeunes. L’analyse des propos des participants fait ressortir que l’utilisation des réseaux sociaux est considérée comme un marqueur d’identité générationnelle. En effet, l’étude a révélé que les participants s’entendent sur des caractéristiques sociétales différentes entre les générations, liées à des transformations des modèles relationnels et influencées par l’utilisation de la technologie. En outre, les pratiques technologiques des adolescents rencontrés révèlent l’existence d’un contexte différent de celui de leurs parents. Les relations amoureuses des jeunes seraient hautement fragilisées par la pratique négative de la technologie ; leurs comportements seraient organisés à l’ombre d’un sentiment de menace provoqué par leur entourage, et quelques-uns s’identifient comme étant la « génération de la méfiance » présentant une position identitaire qui reproduit le « nous » (les jeunes) dans un binôme référence/opposition par rapport aux adultes (« les autres »). Fernanda l’explique :

Les anciennes générations, comme celle des parents [qui] n’avaient pas la technologie, devaient se faire confiance […] c’est comme si, maintenant, personne ne fait confiance à personne, donc on doit [vérifier les cellulaires] et voir tout ce qu’il [le partenaire] fait. En ce sens, je crois, nous sommes plus lésés que les générations antérieures… Je crois que comme ça, on pourrait appeler cette génération… [la génération] de la méfiance.

 

Cette perception crée aussi une référence temporelle, dans le sens où :

[…] une génération n’a pas d’existence sociale autonome, elle n’existe que dans un rapport au temps et aux autres générations. Sa réalité sociale ne se réduit pas pour autant à la seule dimension symbolique, elle se matérialise aussi dans des rapports sociaux et dans une durée concrète. (Attias-Donfut, 1988 : 49)

 

Retenir les phénomènes d’influence sociale (Galand et Salès-Wuillemin, 2009) comme la technologie permettra de mieux comprendre les ancrages des représentations de la VRA et les prises de position enracinées dans la génération. Les participants perçoivent la génération de leurs parents comme étant plus protégée en raison de la moindre influence de la technologie sur leurs relations amoureuses. À notre avis, il serait pertinent d’examiner ce sentiment de menace auquel certains participants font référence en utilisant une approche permettant de saisir les interactions entre le fonctionnement individuel et les contextes sociaux dans lesquels ils évoluent. Ainsi, il serait intéressant d’observer les pratiques numériques des jeunes, non pas en tant qu’actions individuelles, mais comme des gestes générationnels présentant des spécificités par rapport à d’autres générations dans un contexte en transformation.

 

DEMANDE D’AIDE ET PRÉVENTION DE LA VRA : POINT DE VUE DES ADOLESCENTS

 Demande d’aide et importance des sources informelles

Une des questions du guide d’entrevue était : « si tu vivais une situation de violence avec ton/ta partenaire, demanderais-tu de l’aide ? » Deux positions ressortent des réponses des participants : certains le feraient, d’autres pas. En ce qui a trait aux sources auxquelles les adolescents envisagent de demander de l’aide, nos résultats sont cohérents avec ceux des autres études qui documentent qu’ils s’identifient davantage aux sources informelles. Comme le soulignent Sabina, Cuevas et Rodriguez (2014), les amis et les parents constituent le principal cercle de confiance des adolescents. Concernant la demande aux parents, la présente étude relève que le processus d’autonomisation et d’individualisation qui caractérise le passage de l’enfance à l’adolescence serait l’une des raisons mentionnées par les participants pour l’éviter, comme l’explique Bruno :

Ce qui arrive, c’est que des fois, on ne veut pas que nos parents sachent les problèmes qu’on a parce qu’ils finissent par les résoudre eux-mêmes et on n’aime pas ça. Donc, on veut les résoudre nous-mêmes, et c’est pour cela qu’on ne le dit pas aux parents.

 

La représentation de la VRA ancrée dans sa nature physique influencerait négativement la demande d’aide, en banalisant la violence vécue et la difficulté à identifier la violence psychologique et émotionnelle comme grave. En effet, les participants soutiennent que l’aide des parents serait demandée si la VRA vécue est grave, comme l’explique Maria Tiare : « Si je vivais un acte de violence [considéré] comme grave, du genre avec des bleus, des blessures […], en plus de le dire à ma mère, je le dénonce. »

Cohéremment avec les résultats d’autres études, les participants rencontrés mentionnent rarement les réseaux formels (enseignants, services sociaux, etc.) (Sabina et al., 2014). Bien qu’ils s’accordent pour dire que l’école représente un espace fondamental pour la prévention de la VRA, ils s’entendent aussi sur le manque de confiance envers les enseignants et la difficulté à se les représenter comme des acteurs jouant un rôle central dans la prévention. La relation enseignant-élève est perçue comme distante ou hiérarchique. Ce dialogue l’illustre bien :

— Non, c’est qu’on n’a presque pas confiance envers les professeurs. (Bruno)

— Parfois, les profs racontent ce dont on parle avec eux. (Alberto)

 

TIC et prévention de la VRA

Les adolescents rencontrés exposent des opinions variées sur les stratégies de prévention de la VRA. En effet, si pour certains la VRA est impossible à prévenir, certaines croyances ou attitudes des adolescents pourraient aussi rendre la prévention plus difficile, par exemple : le fait de croire que la VRA est très répandue ; qu’ils doivent apprendre sur la base de leurs propres erreurs ; que le sujet de la VRA ne les concerne pas et que cela arrive à tous les couples, comme l’illustre Dafne : « [Prévenir la VRA c’est difficile,] je crois que chacun, à un moment donné, vit des situations de violence. […] tous les couples vivent et passent par quelques crises. »

Concernant l’utilisation des TIC pour prévenir la VRA, les participants montrent des opinions partagées. Pour les uns, la technologie ne permettrait pas de la prévenir, comme le suggère Bruno : « [Prévenir la VRA en utilisant Facebook] Je ne sais pas, c’est que, des fois, quand on fait des choses à grande échelle, on ne leur prête pas beaucoup attention. » Pour d’autres participants, les TIC auraient un impact positif sur les utilisateurs et atteindraient plus de jeunes, comme l’illustre le dialogue suivant :

 

— [Les organismes] doivent lancer des campagnes sur les réseaux sociaux parce que ça couvre plus de public. (Janis)

— Quand les réseaux sociaux embrassent des sujets, ils sont super intéressants… et ils attirent plus la personne. (Laura)

 

CONCLUSION

Le présent article aborde les enjeux de l’utilisation des TIC dans la prévention de la VRA, en considérant le point de vue des participants concernant leurs avantages et leurs limites. Les études portant sur le processus d’implantation de ce type d’intervention sont rares, et bien que les plateformes numériques possèdent une capacité de visibilité indéniable pour la diffusion d’un message institutionnel, cette avenue n’a été que peu explorée.

La cyberviolence change les manières « traditionnelles » de concevoir la VRA et de la prévenir. En effet, cette étude, comme d’autres (Zweig et al., 2014), documente que la reconnaissance de certains gestes comme de la VRA semble problématique chez les participants et constitue un aspect à considérer lors de la création de stratégies préventives. En effet, les représentations sociales de la VRA des adolescents sont une condition importante à retenir dans la pertinence du message adressé aux jeunes, notamment parce qu’elles pourraient influencer négativement la demande d’aide, comme l’a documenté cette étude.

À l’instar d’autres études, la présente recherche documente l’importance des réseaux sociaux dans la vie des jeunes et constate que le numérique est l’un des meilleurs moyens de les rejoindre. L’utilisation des plateformes numériques pourrait être considérée comme une stratégie intéressante – voire impérative – à développer par les écoles, les institutions publiques ou les organismes de santé et services sociaux. Le rôle à accomplir par ces institutions est capital. Les jeunes sont exposés à la publicité sexualisée, à la pornographie (Lavoie et al., 2000) ou à des messages reproduisant des stéréotypes de genre sans avoir un modèle qui puisse « contrebalancer l’omniprésence de l’entreprise privée » dans les réseaux sociaux (Balleys, 2015 : 5). Le caractère interactif de ces plateformes faciliterait l’échange entre les organismes et les jeunes usagers, en consolidant l’appartenance au groupe de pairs et en considérant les jeunes comme des acteurs actifs face aux organismes impliqués. La publication de vidéos diffusant les expériences des jeunes victimes de VRA et la manière de s’en sortir peut constituer un outil intéressant. YouTube, par exemple, a été utilisé par les jeunes pour dénoncer le phénomène de l’intimidation à l’école. Pour que les informations aient un sens pour les jeunes, leur participation et leur collaboration à la production et à la diffusion de messages qui leur sont destinés sont importantes, afin qu’ils se sentent comme des partenaires et non comme des informateurs (Balleys, 2017a). L’élaboration, d’ailleurs, d’une application ou l’implantation d’un service d’intervention par texte facile d’accès renforcerait l’autonomie des adolescents et leur permettrait de s’affranchir de l’autorité parentale en obtenant de l’information en sécurité. Le caractère interactif et « privé » de ce type de service et des stratégies collectives est une piste prometteuse.

L’incompréhension du rôle de la technologie dans la socialisation des plus jeunes ou une perception trop négative des plateformes par les adultes ne fait que créer une distance générationnelle les éloignant de la prévention de la VRA et de leur rôle d’acteurs protecteurs des jeunes. L’accès à l’information sur les enjeux associés à l’étape de l’adolescence, l’importance des relations amoureuses, la compréhension des pratiques des jeunes et les facteurs associés à la VRA, permettrait aux parents et aux enseignants, ainsi qu’aux intervenants professionnels des services sociaux et communautaires, de la santé, et des policiers, de devenir une source d’aide pour les adolescents.

Aborder le contexte dans lequel les adolescents bâtissent leurs relations amoureuses est primordial. Cette vision plus large tient compte de la perception exprimée par certains des participants de vivre dans une société provoquant la méfiance. Il faut produire un effet positif sur une génération fragilisée. En outre, puisque la VRA a lieu dans un contexte au sein duquel il n’y a pas de neutralité de genre, cette approche pourrait faciliter l’explication de la VRA comme une problématique prenant ancrage dans un contexte plus large d’inégalités de genre, le sexisme. Par ailleurs, comme la nature physique de la violence est profondément ancrée dans les représentations sociales des participants, nous recommandons d’aborder toutes les manifestations de violence, notamment les plus difficiles à identifier.

Comme l’acquisition d’expériences amoureuses est considérée comme une tâche développementale clé de l’adolescence (Connolly et al., 2014), des contenus valorisant les relations amoureuses saines fondées sur des valeurs comme l’égalité, le respect, la confiance, la communication et l’appui semblent tout à fait adaptés. Ainsi, des contenus visant à développer des habiletés de gestion de conflits au sein des relations amoureuses et une expression adéquate des émotions sont suggérés par les participants.

Malgré les avantages nommés de mettre la technologie au service de la prévention de la VRA et de la promotion des relations amoureuses saines chez les adolescents, quelques limites existent et doivent être analysées afin de poursuivre ces objectifs. Premièrement, les participants ne sont pas tous convaincus que la technologie peut aider à prévenir la VRA. Il faudrait donc élaborer des stratégies complémentaires pour s’assurer de couvrir la diversité d’intérêts et de façons d’intérioriser le message visant les adolescents. Les stratégies utilisant les TIC ne remplacent pas les stratégies « traditionnelles » (ex. : ateliers en classe) offertes par les organismes impliqués, mais viennent les compléter et renforcer.

Une deuxième limite réside dans l’accès à ces plateformes et leur utilisation. Les stratégies mises en œuvre doivent tenir compte de la disparité dans les pratiques et les usages chez les adolescents issus de divers milieux socioéconomiques, ainsi que selon le genre. Tenir compte du contexte social dans lequel les individus construisent leurs identités de genre et leurs relations amoureuses semble nécessaire. Une troisième limite concerne les acteurs qui mettront en œuvre ces stratégies. Afin d’assurer aux jeunes un accès à des services adéquats, les intervenants doivent comprendre l’importance de la technologie pour eux. Nous estimons que la sensibilisation et l’implication de ces professionnels sont fondamentales dans les efforts pour prévenir la problématique.

Finalement, une dernière limite concerne le temps investi et les ressources nécessaires pour développer ces stratégies et les entretenir activement, avec qualité et sur le long terme. Ce facteur est d’une importance telle qu’il peut empêcher les institutions de mettre en œuvre un service adressé aux jeunes ou de le maintenir.

Le rôle joué par les TIC dans la vie des jeunes, dans le renforcement de leur capital social, leurs rapports amoureux ainsi que dans leurs expériences de VRA confirme la pertinence de les utiliser. Une combinaison de stratégies dites « traditionnelles » et des TIC est une avenue à explorer. Comment les adolescents peuvent-ils reconstruire la confiance et cesser de se décrire comme « la génération de la méfiance » ? Comment les institutions publiques et les organismes communautaires peuvent-ils rejoindre les jeunes afin de prévenir la VRA ? Comment les adultes peuvent-ils modifier leur perception négative des plateformes et les voir comme un outil d’aide ? Les réponses restent un défi et appellent les acteurs concernés et les jeunes, qui doivent être les acteurs premiers, à s’impliquer.

 

 

[1]            . La notion de TIC englobe internet, la messagerie texte, les médias sociaux, le téléphone intelligent, la tablette tactile, l’écran multipoint (ex. : iPod Touch), les codes QR et les applications mobiles (Fernet et al., 2016).

[2]            . Cela se produit par ce que Giddens (1990) appelle le décrochage, la capacité moderne de pouvoir dissocier le temps de l’espace (cité par Cárcamo et Nesbet, 2008).

[3]            . En termes généraux, les normes de genre sont des règles qui sont comprises par les membres d’un groupe, qui guident ou contraignent le comportement social sans force de loi. La classification arbitraire de ce qui est défini comme masculin ou féminin permet la construction de la déviance, c’est-à-dire les comportements qui ne répondent pas aux attentes sociales de genre.

[4]            . « Cyber dating abuse is a form of teen dating violence that overlaps with other types of abuse (e.g. psychological) but also has several unique characteristics. » (Zweig et al., 2014, p. 1306) « La violence dans les relations amoureuses est une forme de violence chez les adolescentes qui englobe d’autres types d’abus (ex. : psychologique), mais qui présente également plusieurs caractéristiques uniques. » (traduction libre)

[5]            . Afin de favoriser les échanges et la confiance et parce que le sujet était susceptible d’être difficile à aborder dans un groupe mixte, la composition de groupes non mixtes a été privilégiée.

[6]            . Cependant, 3 groupes de chaque type de participants ont été réalisés. Trois groupes de filles et trois groupes de garçons issus des écoles publiques, trois groupes de filles et trois de garçons issus des écoles privées. 

 

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