SOUTENIR L’ÉMERGENCE DE DYNAMIQUES D’ENTRAIDE ENTRE PAIRS AFIN DE FACILITER LE PASSAGE À LA VIE ADULTE DES JEUNES VULNÉRABLES

Auteure : VANESSA FOURNIER

Pour les jeunes recevant des services de la protection de la jeunesse, le passage à la vie adulte coïncide avec la fin des services, ce qui précipite leur transition. Cet article présente un portrait de ces jeunes en quête d’autonomie pour qui le retour dans la communauté est souvent marqué par l’instabilité et la présence de difficultés psychosociales freinant leur insertion. Il s’intéresse à la mise en relation de ces jeunes avec des pairs partageant un vécu commun de prise en charge. Les bénéfices et les enjeux associés à la création de liens avec les pairs au moment de transiter à la vie adulte sont ainsi recensés, et une initiative « par et pour » les jeunes ayant reçu des services sociaux durant l’enfance (le Réseau l’Intersection de Québec) est présentée.

Mots clés : Transition à la vie adulte, adolescence, entraide, pairs, réseau social

Abstract : For foster youths, the transition to adulthood coincides with the end of services, which precipitates their transition. This article offers an overview of these young people in search of autonomy for whom the return in the community is often marked by instability and the presence of psychosocial difficulties hindering their insertion. A main interest is put on connecting foster youths with peers sharing a personal history of involvement in child welfare services. Benefits and challenges associated to relationship with peers during the transition to adulthood are reviewed and a youth-driven initiative aiming to support youths aging out of care (le Réseau l’Intersection de Québec) is described.

Keywords : Transition to adulthood, adolescence, peer support, social network.

Pour citer cet article : 

Vanessa, F. « Soutenir l’émergence de dynamiques d’entraide entre pairs afin de faciliter le passage à la vie adulte des jeunes vulnérables », Revue de Socio-Anthropologie de l'adolescence [En ligne], no.2, janvier 2018, p.28-43. URL : http://revue-rsaa.com/index.php/les-numeros/numero-2-lespairs/97-3-courlycee

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Soutenir l’émergence de dynamiques d’entraide entre pairs afin de faciliter le passage à la vie adulte des jeunes vulnérables

 

  1. Introduction

 

Pour les jeunes recevant des services de la protection de la jeunesse, le passage à la vie adulte coïncide avec la fin des services, exigeant de ceux-ci qu’ils développent rapidement leur autonomie et s’intègrent au sein de leur communauté à titre de citoyens actifs. Au même titre que les jeunes de la population générale, ils auront à transiger avec les nombreuses tâches et les défis complexes qui accompagnent cette importante étape de vie. Ces jeunes devront néanmoins faire face à ces défis en plus de tous ceux auxquels ils sont déjà confrontés en raison de leur situation particulière (Sulimani-Aidan, 2017). Cette transition s’avère d’autant plus difficile pour les jeunes issus des services de protection en raison de l’adversité à laquelle ils ont été confrontés durant leur enfance, de la présence de difficultés psychosociales et des déficits qu’ils sont susceptibles de présenter sur le plan de leur réseau social. Par conséquent, plusieurs de ces jeunes se retrouvent dans une situation particulièrement vulnérable à l’aube de leurs 18 ans (Robin, Mackiewicz, Goussault et Delcroix, 2015 ; Jones, 2014).

 

En prenant appui sur les écrits scientifiques, cet article présente un portrait de ces jeunes en mettant un accent sur l’importance du développement et du maintien de relations positives, stables et susceptibles d’être une source de soutien à l’insertion sociale des jeunes. Il s’intéresse plus spécifiquement à la mise en relation de ces jeunes avec leurs pairs. Les bénéfices associés à la création de liens avec les pairs au moment de transiter à la vie adulte seront ainsi recensés et une initiative « par et pour » les jeunes de 15 à 24 ans ayant reçu des services sociaux durant l’enfance, sera présentée. Enfin, des enjeux liés au recours aux pairs en vue de soutenir la transition à la vie adulte de jeunes vulnérables seront discutés. L’objectif est d’alimenter la réflexion sur les avenues novatrices pouvant soutenir l’émergence de dynamiques d’entraide entre pairs afin de faciliter le passage à la vie adulte des jeunes vulnérables, tout en faisant la promotion de l’engagement de la communauté et de la solidarité entre les personnes partageant des expériences de vie similaires.

 

  1. Méthode de recherche documentaire

 

La recension des écrits scientifiques exposée dans le présent article a été initiée dans le cadre des travaux préliminaires de mise sur pied de l’organisme le Réseau l’intersection de Québec, l’objectif étant à ce moment de documenter les initiatives par les pairs au plan international visant à soutenir la transition à la vie adulte des jeunes recevant des services de la protection de la jeunesse. Les résultats ont ainsi été mis à profit afin de modéliser la structure de l’organisme et, subséquemment, d’initier des projets qui prennent appui sur des données probantes, dont le projet de mentorat détaillé un peu plus loin. Une mise à jour de la recension a été réalisée en vue de l’écriture du présent article afin d’offrir un aperçu actuel des travaux menés sur l’objet d’étude. L’ensemble de ces démarches de recension et d’écriture ont été réalisées par une professionnelle de recherche également impliquée bénévolement à différents niveaux de l’organisme, possédant ainsi un accès privilégié aux projets menés par l’organisme.

 

La stratégie de recherche documentaire utilisée est inspirée de la méthode « PICOTS », qui utilise des critères visant à clarifier la question d’intérêt ainsi que les concepts qui la sous-tendent dans le but d’optimiser la recherche documentaire (Martin et Renaud, 2013). Sans être une revue systématique des écrits, cette considération méthodologique confère de la rigueur à la démarche. Ici, la question qui a guidé la recherche documentaire est la suivante : quels sont les bienfaits et les enjeux associés à la création de relations avec les pairs chez les jeunes issus de la protection de la jeunesse transitant à la vie adulte ? Les critères PICOTS qui ont été retenus sont la population, qui peut également référer à la problématique d’intérêt, l’intervention, les résultats (outcomes) et le milieu d’intervention (settings). Les mots-clés utilisés concernant la population sont : foster youth, transition aged youth, youth aging out of care, special youth population, youth leaving care, at-risk youth, transition to adulthood et emerging adulthood. Ceux retenus pour l’intervention sont : peer support, peer relationship, peer affiliation, peer influence, peer mentoring, mentoring, formal mentoring, natural mentoring et mentorship. Les mots-clés utilisés pour les résultats sont : benefits, impacts, outcomes, results et challenges. Enfin, les mots-clés concernant le milieu d’intervention sont : peer initiative, youth-driven initiative, youth-driven program et support group. L’ensemble de ces mots-clés ont été utilisés tant en anglais qu’en français et des recherches ont été effectuées dans les banques de données PsycNET, ERIC, EBSCOhost, Érudit, PUBMED, EMBASE et Cairn.

 

Les résumés des articles émergeant de ces recherches ont été lus afin de retenir les articles en fonction de leur pertinence à l’égard de l’objet de recherche, un intérêt particulier étant accordé aux études expérimentales et quasi-expérimentales. Les études s’intéressant au soutien par les pairs uniquement auprès de jeunes de la population générale sans considération particulière pour les jeunes à risques ont été exclues. En définitive, les articles retenus ont été lus dans leur intégralité afin d’en faire ressortir les principaux constats, qui seront présentés dans les prochaines sections.

 

  1. Un retour dans la communauté empreint de défis

 

Plusieurs études se sont intéressées au devenir de ces jeunes en quête d’autonomie pour qui les premières années du retour dans la communauté sont souvent marquées par l’instabilité et la présence de difficultés psychosociales constituant un obstacle à leur insertion sociale. Ces difficultés ont été observées dans plusieurs sphères de vie, notamment la scolarisation et l’insertion sur le marché du travail. Selon les études, environ la moitié des jeunes détiennent un diplôme d’études secondaires à leur sortie des services jeunesse (Dumaret, Donati et Crost, 2009 ; Frechon, 2003 ; Rutman, Hubberstey et Feduniw, 2013) et sensiblement la même proportion d’entre eux obtiennent un emploi dans les mois suivant la fin de leur prise en charge. Par ailleurs, ces emplois sont souvent jugés comme étant peu gratifiants et peu rémunérés. Plusieurs jeunes vivront ainsi sous le seuil de la pauvreté (Goyette et al., 2012). Au plan du logement, les résultats des études laissent entrevoir une importante instabilité avec environ le quart des jeunes ayant vécu au moins un épisode d’itinérance après la fin de leur placement (Daining et DePanfilis, 2007) et près du tiers d’entre eux rapportant avoir déménagé quatre fois ou plus dans les 18 premiers mois suivant l’atteinte de leurs 18 ans (Rutman et al., 2013). Ces jeunes sont également portés à s’inscrire dans un parcours délictuel et à adopter des comportements à risque telle la consommation d’alcool et de drogues (Dumaret et al., 2009 ; Frechon et Marpsat, 2016 ; Robin et al., 2015 ; Rutman et al., 2013). Enfin, l’étude de Dion et ses collaborateurs (2016) montre une augmentation significative de la détresse psychologique de ces jeunes lorsqu’ils atteignent l’âge de la majorité, ce qui contribue à leur situation de vulnérabilité. Comme résultante, les jeunes issus des services de protection de l’enfance sont bien souvent surreprésentés dans les ressources d’aide une fois devenus adultes (Frechon et Marpsat, 2016).

 

  • Les lacunes du réseau social en cause ?

 

Les écrits sur le sujet illustrent bien les déficits importants que peuvent présenter les jeunes adultes issus des services de protection de la jeunesse au plan de leur réseau social. Ces déficits peuvent notamment être le résultat de placements fréquents en milieu substitut qui ont pour impact d’interrompre la continuité des liens créés durant l’enfance, mais également une conséquence de la maltraitance vécue qui encourage certains jeunes à éviter les relations de proximité (Jones, 2014 ; Morin et Grenier, 2010). Au moment de vivre leur passage à la vie adulte, plusieurs de ces jeunes entretiennent peu ou pas de relations avec leur famille d’origine, ce qui limite les sources de soutien accessibles pour faciliter leur transition (Avery et Freundlich, 2009 ; Frechon et Marpsat, 2016 ; Rutman et Hubberstey, 2016). Même dans les situations où le jeune maintient des liens avec les membres de sa famille, ces derniers peuvent avoir de la difficulté à le soutenir financièrement en raison de leur situation précaire et ne pas avoir les ressources, les habiletés ou les connaissances nécessaires pour soutenir le jeune dans les nombreuses tâches et décisions auxquelles il fera face durant sa transition (Rutman et Hubberstey, 2016 ; Sulimani-Aidan, 2017). Dans le même ordre d’idée, les résultats de l’étude de Wade (2008) montre que seulement la moitié des jeunes qui entretiennent des liens avec leur famille d’origine après la fin d’un placement, ont le sentiment qu’il s’agit de relations fortes, c’est-à-dire qu’ils ont des contacts sur une base régulière, un sentiment de proximité et que ces personnes sont aidantes dans leur vie. D’autres études ont quant à elles mis en avant les possibles difficultés familiales pouvant émerger au moment de renouer des liens avec la famille d’origine après un placement, ce qui a parfois comme effet d’inciter les jeunes à mettre un terme à leurs relations familiales (Fournier, 2015; Frechon et Marpsat, 2016 ; Robin, 2013). Outre l’étendue du réseau social des jeunes, ces derniers résultats soulèvent l’importance d’également s’intéresser à la qualité du soutien qui émerge du réseau social et à l’utilisation que les jeunes font de ce soutien (Singer et al., 2013).

 

En comparaison aux jeunes de la population générale pour qui les études notent une augmentation de la taille du réseau social et du soutien qui en découle dans les premières années suivant la transition à l’âge adulte, les jeunes pris en charge par les services de protection sont plus enclins à rapporter une diminution du soutien social durant cette même période, ainsi qu’une plus grande instabilité au plan de leurs relations sociales (Horan et Widom, 2015 ; Zinn, Palmer et Nam, 2017). Les auteurs expliquent en partie cette réalité par les lacunes que peuvent présenter ces jeunes au plan de leurs habiletés sociales et émotionnelles qui rendent plus difficile le développement et le maintien de nouvelles relations sociales, mais aussi par une certaine forme de dépendance à l’égard des services de protection. Plusieurs jeunes ayant un réseau social restreint peuvent en effet développer des relations significatives avec les professionnels les accompagnant durant leur parcours dans les services. Ceux-ci deviennent alors des acteurs centraux de leur réseau social. L’atteinte de l’âge de la majorité coïncidant avec la fin des services jeunesse et, par le fait même, la fin du mandat des professionnels, ces relations sont rompues et les jeunes voient alors leur réseau social diminuer (Zinn et al., 2017).

 

Cette réalité s’avère préoccupante compte tenu de l’importance que le réseau social revêt, en particulier lors de la transition à la vie adulte (Bussière, 2006). Le fait de bénéficier d’au moins une relation stable et positive avec une personne significative a le potentiel d’offrir une certaine forme de continuité à un moment où le jeune est confronté à de multiples changements dans diverses sphères de sa vie. Cela serait, dans certains cas, perçu comme étant plus important encore que l’accès à des services formels d’aide (Geenen et Powers, 2007). D’ailleurs, les écrits suggèrent que les jeunes qui peuvent compter sur une telle relation présentent un profil plus favorable après leur transition (Jones, 2014 ; Rutman et Hubberstey, 2016 ; Spencer et al., 2010). Entre autres, la perception d’avoir un réseau d’amis soutenant a été associé à une diminution à l’âge adulte des symptômes liés aux traumas vécus durant l’enfance, dont l’anxiété, la dépression, l’irritabilité, l’évitement et la dissociation (Evans, Still et DiLillo, 2013), ainsi qu’à un plus faible niveau de détresse psychologique lors de la transition à la vie adulte (Dion et al., 2016).

 

  1. Mettre à contribution les pairs afin de faciliter la transition à la vie adulte

 

Considérant que les jeunes ayant reçu des services de protection de la jeunesse sont susceptibles d’avoir des relations familiales qui se sont fragilisées au fil des ans (Wade, 2008), ainsi que l’importance du soutien social lors de la transition à la vie adulte, il apparaît essentiel de consentir des efforts afin de soutenir le développement du réseau social des jeunes et d’identifier des sources alternatives de soutien (Evans, Still et DiLillo, 2013 ; Jones, 2014 ; Robin et al., 2015). À cet égard, la mise en relation de ces jeunes avec leurs pairs représente une avenue intéressante et novatrice, et qui pourrait agir en complément aux interventions généralement adressées aux jeunes en transition qui tendent à être individualisées, en ce sens qu’elles ne créent pas de lieux de rencontre ni n’incitent les jeunes à développer des liens avec d’autres jeunes vivant une situation similaire (Goyette et al., 2012 ; Morin et Grenier, 2010 ; Rutman et Hubberstey, 2016). La plupart des interventions adressées aux jeunes transitant à la vie adulte tendent à centrer leurs actions autour du développement d’une autonomie fonctionnelle (p. ex. : trouver et maintenir un emploi, s’héberger, faire un budget), préparant ainsi les jeunes à vivre de manière indépendante. Rarement elles considèrent la transition à la vie adulte comme une occasion de préparer les jeunes à vivre de manière interdépendante, c’est-à-dire d’avoir la capacité d’accomplir les tâches quotidiennes et de mener une vie productive tout en se liant aux autres, en ayant des interactions positives avec les membres de leur communauté et en utilisant les influences et les ressources présentes dans la communauté (Avery et Freundlich, 2009 ; Scannapieco, Carrick et Painter, 2007 ; Singer et al., 2013 ; Wade, 2008). En regroupant des jeunes qui partagent un vécu, des expériences et des besoins apparentés, ce type d’approche pourrait certes favoriser le cheminement individuel, mais également susciter l’entraide entre pairs (Morin et Grenier, 2010).

 

  • Qui sont les pairs ?

 

Les approches par les pairs englobent une variété d’interventions prenant assises sur la ressemblance entre les individus et où la dynamique relationnelle qui se construit entre l’aidant et l’aidé s’éloigne des cadres plus formels d’intervention sociale délivrée par des professionnels. Selon cette perspective, la notion de pair est étroitement liée à la question de l’identité. À travers ses fonctions, son statut, ses valeurs ou encore sa position sociale, l’individu interagit avec une communauté de semblables qui sont liés par des caractéristiques communes, mais également par la poursuite d’un objectif commun (Bellot et Rivard, 2007).

 

Dans le cadre d’une initiative par les pairs, les caractéristiques attendues qui permettent d’établir la ressemblance entre pairs doivent être circonscrites afin d’octroyer un ou des rôles que le pair pourra jouer auprès de sa communauté d’appartenance (Bellot et Rivard, 2007). Les principales caractéristiques qui sont généralement recherchées chez les pairs sont le partage d’un vécu commun (p. ex. : être atteint d’une problématique de santé mentale), avoir bénéficié de services de santé ou de services sociaux, et avoir atteint une certaine stabilité ou avoir réalisé des progrès significatifs dans les différentes sphères de fonctionnement social. Selon des objectifs poursuivis par ces approches, les pairs peuvent jouer une grande variété de rôles, le plus fréquent étant celui de mentor facilitant le développement d’habiletés et de connaissances permettant aux jeunes de composer avec leur problématique particulière. Les pairs peuvent également offrir un soutien émotionnel via l’écoute active et la transmission de l’espoir, transmettre de l’information et éduquer les jeunes, être porteurs de leur voix auprès de diverses instances dans le but de faire connaître leur réalité, leurs besoins et leurs revendications, aider les jeunes à se fixer des objectifs et à résoudre leurs problèmes (Gopalan, Lee, Harris, Acri et Munson, 2017).

 

  • Une avenue prometteuse pour soutenir les jeunes en transition

 

En offrant des opportunités de rencontre entre des jeunes partageant un vécu commun de prise en charge par les services sociaux et pour qui la transition à la vie adulte est imminente, il serait possible de pallier, du moins en partie, au faible réseau de soutien typique de ces jeunes. Ceux-ci sont susceptibles de rencontrer des difficultés lors du développement de liens sociaux pourtant nécessaires à l’atteinte de leur autonomie fonctionnelle lors de la transition à la vie adulte. En se liant à leurs pairs, les jeunes pourraient développer un sentiment d’appartenance, briser leur isolement et diminuer leur sentiment de solitude (Morin et Grenier, 2010). Les interactions avec les pairs peuvent par ailleurs contribuer à la valorisation des jeunes et à l’amélioration de leur estime de soi, tout en leur permettant d’envisager leur avenir avec plus de confiance et d’espoir (Goyette et al., 2012).

 

Une approche favorisant l’entraide par les pairs a également le potentiel de faire prendre conscience aux jeunes issus des services de protection qu’ils ne sont pas seuls à vivre cette situation et qu’il est possible de faire des apprentissages à partir de l’expérience de leurs pairs. Les jeunes se reconnaîtraient plus facilement à travers les propos et le vécu de leurs pairs, ce qui contribuerait à diminuer leur sentiment d’être seuls à vivre cette réalité (Klodnick et al., 2015 ; Goyette et al., 2012 ; Morin et Grenier, 2010). Selon Morin et Grenier (2010), une telle approche serait particulièrement efficace auprès des jeunes transitant à la vie adulte qui, au plan développemental, se situent à un moment de leur vie où l’influence des pairs est encore très marquée. Les jeunes pourraient ainsi se montrer plus ouverts à l’endroit des conseils délivrés par leurs pairs, comparativement à ceux d’adultes ou de professionnels. D’autres auteurs abondent en ce sens en précisant que les pairs sont généralement perçus comme étant davantage crédibles par les jeunes (Gopalan et al., 2017 ; Klodnick et al., 2015).

 

Les travaux menés par Goyette et ses collaborateurs (2012) font ressortir de nombreux avantages à l’utilisation des approches de groupe visant à soutenir la transition à la vie adulte des jeunes recevant des services de protection, ce qui illustre leur potentiel pour faire cheminer les jeunes vers l’autonomie. Ces travaux montrent comment le groupe de pairs peut devenir un espace de création et de renforcement de liens sociaux. Les jeunes ont apprécié avoir l’occasion de rencontrer d’autres jeunes confrontés à une réalité similaire à la leur afin de pouvoir échanger sur des sujets qu’ils n’avaient encore jamais abordés ensemble. Ces échanges se font plus librement dans une dynamique relationnelle qui se veut égalitaire et non-menaçante, ayant pour effet d’amener certains jeunes à s’ouvrir davantage et à amorcer un travail d’introspection plus en profondeur. Les jeunes ont exprimé avoir pu se confier entre eux et s’être sentis compris et acceptés. Il est intéressant de noter qu’à l’issue de leur participation au groupe, les motivations instrumentales qui avaient au départ encouragés les jeunes à participer perdent leur importance, alors qu’une plus grande importance est accordée aux occasions de partage avec les pairs et à l’affiliation au groupe. La participation à des interventions ayant recours aux pairs afin de faciliter le passage à la vie adulte des jeunes à risque a également montré de nombreux bénéfices recensés dans les travaux de Gopalan et ses collaborateurs (2017). Parmi ceux-ci, notons l’amélioration de la qualité de vie, un plus grand engagement du jeune dans la planification de sa transition, une augmentation du maintien en emploi, une plus grande utilisation des services dans la communauté, l’amélioration de la performance scolaire, un plus grand sentiment d’espoir et un meilleur indice d’ajustement psychosocial.

 

Enfin, une stratégie d’accompagnement laissant davantage de place aux pairs et à la création de dynamiques d’entraide pourrait permettre de rejoindre certains jeunes plus réfractaires aux approches d’intervention formelles et directives (Goyette et coll., 2012). Les jeunes ayant été pris en charge par les services de protection durant leur enfance auraient tendance à exprimer un plus grand désir d’autonomie à la suite de leur transition à la vie adulte et donc à se montrer réticents à avoir recours à des sources d’aide dans la communauté (Fournier, 2015 ; Frechon et Marpsat, 2016). Cette réticence peut également être liée à un sentiment de honte dans le fait de demander de l’aide ou à une peur d’être stigmatisés (Lacroix, 2016). En ce sens, les initiatives par les pairs offrent un contexte moins confrontant pour les jeunes qu’une intervention individuelle en contexte d’autorité (Goyette et coll., 2012).

 

  • L’exemple du Réseau l’Intersection de Québec 

 

Bien que de plus en plus d’auteurs s’entendent sur la nécessité d’aborder la préparation à la vie adulte tôt dans le parcours des jeunes et de miser davantage sur des initiatives visant le développement du réseau social, encore peu d’actions ont été amorcées en ce sens au Québec. Cette section s’intéresse au développement d’un réseau d’entraide jeunesse dans la ville de Québec, au Canada. Il s’agit d’une illustration concrète de l’engagement des pairs et, plus largement, de la communauté, afin de faciliter la transition à la vie adulte des jeunes vulnérables.

 

  • L’origine du réseau d’entraide jeunesse

 

Le Réseau l’Intersection de Québec (RIQ) est un organisme créé « par et pour » les jeunes de 15 à 24 ans ayant reçu des services sociaux alors qu’ils étaient mineurs. En prenant assises sur les valeurs de respect, d’entraide et d’ouverture à l’autre, le RIQ a pour mission d’accompagner ces jeunes afin de faciliter leur passage à la vie adulte. L’organisme permet aux membres de s’impliquer dans leur communauté, d’acquérir des connaissances, d’avoir un lieu d’appartenance et d’offrir une guidance dans leur cheminement vers l’autonomie. La notion d’aide par les pairs étant au cœur des fondements du RIQ, la coordination de l’organisme est assumée par une jeune adulte ayant elle-même bénéficié des services de protection de la jeunesse et ayant suivi une formation académique en relation d’aide. Les pairs sont également mis à profit dans le cadre d’un programme de mentorat adressé aux jeunes membres.

 

Ce sont les besoins des jeunes exprimés lors d’une rencontre de consultation qui ont donné l’envol à ce projet. Pour l’occasion, onze jeunes placés en centre de réadaptation, en foyer de groupe ou en famille d’accueil ont partagé leur point de vue concernant l’éventuelle mise sur pied d’un réseau d’entraide à Québec. Il est ressorti de cette consultation que les besoins d’accompagnement des jeunes à 18 ans étaient importants, principalement en ce qui a trait au logement, à l’emploi, à l’aide matérielle et financière, à l’accès à un réseau positif d’ami(e)s, à l’accès à une information pertinente sur les services offerts dans la communauté et au désir de maintenir des contacts avec des personnes significatives (Godin et Nadeau, 2015). Enregistré à titre d’organisme à but non lucratif depuis 2014 et comme organisme de bienfaisance depuis 2015, le RIQ est le premier organisme du genre à voir le jour au Québec. Étant un organisme de bienfaisance, le réseau est autonome et autogéré par les jeunes tant sur le plan de ses orientations que du développement des services et des projets, ce qui le différencie des autres organismes jeunesse de la région et augmente le pouvoir d’agir des jeunes.

 

  • Les principes directeurs de l’organisme

 

Cinq principes directeurs sont à la base des actions menées par le RIQ. Le premier est celui de contribuer au devenir des jeunes en leur redonnant un pouvoir d’agir sur leur avenir. Le RIQ souhaite offrir aux jeunes l’occasion de se développer pleinement et de renforcer leur potentiel et leur estime de soi. Cela est réalisable par l’accès à l’information et le développement de diverses habiletés via des ateliers et des activités de formation sur des thématiques liées au passage à la vie adulte. L’augmentation du pouvoir d’agir des jeunes devrait favoriser l’amélioration de leurs conditions de vie, un meilleur contrôle sur leur devenir et une meilleure intégration au sein de leur collectivité.

 

Le deuxième principe consiste à inviter les partenaires concernés par la transition à la vie adulte à travailler ensemble afin de tisser un filet de sécurité dans la communauté. À ce jour, plus de 15 partenaires locaux se sont associés au réseau d’entraide. Cette alliance permet de sensibiliser les partenaires quant aux préoccupations des jeunes et aux enjeux liés au passage à la vie adulte, mais aussi de s’assurer que les services offerts dans la communauté soient connus, accessibles et cohérents avec les besoins exprimés par les jeunes. L’objectif du RIQ n’est donc pas de fournir une ressource supplémentaire, mais bien de consolider le partenariat entre les ressources déjà présentes au sein de la communauté. L’offre d’activités et d’ateliers aux jeunes membres du réseau d’entraide est ainsi possible grâce à l’implication de partenaires qui acceptent de mettre en commun leurs ressources afin de mener différents projets.

 

Par le biais de ses actions, le RIQ veut également favoriser un dialogue entre les hauts-dirigeants et les jeunes. L’organisme crée des occasions de mettre à profit l’expérience des jeunes et de faire entendre leur voix et leurs opinions en vue d’améliorer les politiques et les pratiques qui les concernent. Concrètement, cela peut s’actualiser par leur participation à divers événements où ils sont appelés à témoigner de leur vécu en lien avec les services sociaux reçus. Les jeunes prennent également part à des conférences dans les milieux collégiaux et universitaires afin de contribuer à la formation d’étudiants dans les domaines de relation d’aide. Plusieurs autres canaux de diffusion ont été utilisés jusqu’à maintenant pour donner une voix aux jeunes, dont des activités d’expression par l’art, la publication d’articles dans un magazine de rue portant sur l’itinérance, l’organisation d’une marche symbolique dans la communauté et la réalisation d’une vidéo promotionnelle.

 

Quatrièmement, le RIQ encourage et soutient l’implication sociale des jeunes en les conscientisant sur leurs droits et leurs responsabilités. En misant sur une formule « par et pour » les jeunes, l’organisme encourage la mobilisation des jeunes dans la réponse à leurs besoins. Ces derniers sont impliqués à tous les niveaux de l’organisme (conseil d’administration, comité de jeunes, etc.) afin de maximiser les opportunités d’implication.

 

Le dernier principe guidant les actions de l’organisme est, ultimement, de soutenir l'intégration sociale, professionnelle et résidentielle des jeunes. L’opportunité offerte aux jeunes de développer un réseau social et de réaliser des activités de formation a pour effet de prévenir certaines difficultés pouvant être vécues sur les plans professionnel, résidentiel et interpersonnel, et d’éviter que les conditions de vie des jeunes ne s’aggravent lors de la transition à la vie adulte.

 

  • Le mentorat par les pairs

 

En vue d’offrir un soutien supplémentaire aux jeunes membres du réseau d’entraide, le RIQ a entrepris en 2016 de développer un service de mentorat par les pairs. L’objectif de ce projet est de soutenir les jeunes en difficulté au moment de leur passage à la vie adulte en leur permettant de créer des liens avec au moins un adulte qui deviendra une personne-ressource pour eux. Des jeunes recevant ou ayant reçu des services sociaux sont ainsi jumelés à un mentor pour les aider à développer leur autonomie, les accompagner selon leurs besoins respectifs à différentes étapes de leur transition et leur servir de modèle. Ces mentors sont des bénévoles qui ont eux aussi reçu des services sociaux durant l’enfance et qui, aujourd’hui, ont atteint une stabilité suffisante dans leur vie leur permettant d’apporter du soutien à un jeune qui traverse les mêmes batailles qu’eux. Les mentors agissent comme modèles d’espoir à l’endroit des jeunes afin qu’ils comprennent qu’il est possible de s’en sortir, même s’ils vivent des hauts et des bas dans leur parcours. Par la création d’une relation avec un pair d’âge proximal, les jeunes sont portés à se sentir validés et à réaliser des apprentissages auprès de personnes qui sont plus avancées dans leur passage vers l’âge adulte. En offrant l’opportunité aux jeunes de bénéficier d’un accompagnement au-delà de leurs 18 ans, les mentors peuvent également agir comme un pont entre les services jeunesse et les services adultes dans la communauté, ce qui constitue habituellement un important trou de services (Klodnick et al., 2015).

 

Quelques études se sont intéressées aux répercussions positives de la présence d’un mentor dans le réseau social des jeunes au moment de leur transition à la vie adulte. Le mentorat a été associé à une diminution du risque suicidaire et des comportements agressifs, la perception d’un meilleur état de santé général, l’augmentation du niveau de scolarisation, une plus grande stabilité au plan de l’hébergement, un plus grand recours aux soins de santé appropriés, le développement de la confiance en soi et de l’estime de soi, l’acquisition d’habiletés de vie autonome et sociales, l’intégration sur le marché du travail, ainsi qu’une diminution des symptômes dépressifs et du stress (Ahrens, Dubois, Richardson, Fan et Lozano, 2008 ; Clayden et Stein, 2005 ; Greeson et Thompson, 2017 ; Thompson, Greeson et Brunsink, 2016 ; Sulimani-Aidan, 2017). De nombreux jeunes rencontrés dans le cadre de ces études ont également soulevé l’importance que leur mentor ait des ressemblances avec eux en termes d’intérêts et de personnalité, mais surtout d’expériences de vie. Ils ont exprimé leur désir d’établir un lien avec une personne ayant été confrontée aux mêmes défis qu’eux, par exemple en ayant vécu un placement en milieu substitut. Selon les jeunes, cette similitude dans le parcours de vie permettrait aux mentors d’être plus crédibles et dignes de confiance (Clayden et Stein, 2005 ; Klodnick et al., 2015).

 

Lorsque le service de mentorat a été mis sur pied, les jeunes ont exprimé le désir que le jumelage avec les mentors soit réalisé de la manière la plus naturelle possible. Ainsi, des activités sont organisées dans la communauté durant lesquelles les jeunes et les mentors sont réunis afin qu’ils aient l’occasion d’échanger et d’apprendre à se connaître. Lorsqu’un lien semble se créer entre un jeune et un mentor, il leur est proposé d’être jumelés pour que des rencontres et un suivi plus individualisé auprès du jeune puissent débuter. En créant des alliances qui se veulent ainsi plus naturelles, le RIQ espère que ces liens soient authentiques et qu’ils puissent persister davantage dans le temps. Cette notion de durée de la relation de mentorat représente par ailleurs un enjeu majeur à dresser. Tel que rapporté dans les travaux de Larose (2012), des conséquences négatives sur l’estime de soi des jeunes ont été associées aux relations de mentorat qui durent moins de trois mois, alors que les relations de trois à six mois semblent avoir des impacts modestes sur le développement des jeunes à risque. Afin de maximiser les répercussions positives sur le parcours des jeunes, la relation de mentorat devrait ainsi se poursuivre à long terme. Cette durabilité de la relation est d’autant plus préoccupante dans le contexte où les jeunes bénéficiaires ont, pour certains, un parcours de vie marqué par des traumas, de la violence, des placements multiples et diverses formes de rejet. En présence de difficultés dans la relation jeune-mentor ou d’une interruption soudaine ou prématurée du lien créé, le risque que le jeune perçoive la situation comme une forme supplémentaire de rejet est bien présent et exige une vigilance accrue ainsi qu’une évaluation des effets potentiellement négatifs et des risques associés à l’échec de la relation (Britner et al., 2006).

 

  1. Le recours aux pairs : enjeux dans le contexte de la transition à la vie adulte des jeunes vulnérables

 

S’il s’agit certes d’une avenue novatrice et prometteuse, cette mise en relation de jeunes recevant des services sociaux à l’enfance met en exergue des enjeux propres au contexte qui nécessitent d’être considérés. L’adolescence est une période où l’influence des pairs est particulièrement marquée, entre autres puisque le temps passé en leur présence tend à augmenter, mais aussi en raison de l’importance accordée aux pairs et de la plus grande susceptibilité qu’ont les jeunes face à cette influence durant cette période développementale. Les processus sous-jacents à l’influence des pairs sur les comportements des adolescents ont été largement étudiés, faisant ressortir la théorie de l’apprentissage social de Ronald Akers à de maintes reprises comme étant l’une des principales pistes de réponse. Selon cette théorie, les jeunes apprennent des valeurs, des attitudes, des techniques et des motivations à adopter certains comportements en présence de leurs pairs (Monahan, Rhew, Hawkins et Brown, 2014). En plus de l’influence croissante qu’exercent les pairs à l’adolescence, la période de 18 à 20 ans est caractérisée par la propension des jeunes à adopter des conduites à risque (Reynolds, MacPherson, Schwartz, Fox et Lejuez, 2014). Tenant compte de cette double réalité, plusieurs auteurs se sont intéressés à l’influence des pairs plus spécifiquement sur les comportements à risque des adolescents. Il ressort de ces travaux que l’influence des pairs peut s’actualiser directement, par leurs comportements, leurs encouragements ou même leurs ordres, mais aussi implicitement, par leur simple présence (Reynolds et al., 2014). Les études ont ainsi démontré que les adolescents et les jeunes adultes sont plus enclins à adopter des comportements à risque en présence de leurs pairs, sous leurs conseils (Van Hoorn et al., 2016), leurs encouragements (Reynolds et al., 2014) et par l’observation de leurs comportements (Monahan et al., 2014).

 

Dans le contexte d’un dispositif de soutien à la transition à la vie adulte des jeunes quittant les services sociaux, il importe de considérer que plusieurs d’entre eux sont aux prises avec diverses difficultés psychosociales et que certains peuvent également être engagés dans une trajectoire délinquante. Or, les jeunes les plus vulnérables face à l’influence de pairs déviants seraient ceux qui présentent déjà des comportements antisociaux. Ce plus grand risque de contagion par influence des pairs devient ainsi un enjeu majeur à considérer, d’autant plus qu’il tend à émerger le plus souvent dans un contexte peu ou pas structuré par les adultes. Cela soulève la nécessité d’instaurer au sein de ces dispositifs des mécanismes de supervision permettant de limiter les occasions d’influence négative (Dumoulin-Charrette, 2011).

 

Un autre enjeu concerne l’offre d’un service de jumelage avec un mentor pair-aidant, c’est-à-dire un adulte ayant lui aussi reçu des services sociaux à l’enfance. Afin d’assurer le succès d’une telle initiative, il est impératif de sélectionner des pairs aidants crédibles qui pourront accompagner adéquatement les jeunes dans l’atteinte de leurs objectifs et leur processus d’insertion sociale. Ces personnes doivent posséder des qualités et des compétences essentielles, ce qui inclut le respect de la confidentialité, la capacité de relayer au second plan ses propres besoins afin de se centrer sur ceux du jeune, des habiletés de communication adéquates et une bonne connaissance des ressources communautaires afin d’y référer le jeune au besoin (Caputo, Weiler et Green, 1996). Malgré la volonté de certaines personnes d’aider les jeunes, il est possible qu’elles ne soient pas, dans le moment présent, les meilleures personnes-ressources à mettre à profit. Les travaux menés par le RIQ reflètent bien cette réalité. Certains mentors, en dépit de leur forte motivation, ne démontraient pas une stabilité suffisante dans leur vie afin de devenir un soutien aidant pour les jeunes. En raison de leur parcours, quelques-uns d’entre eux étaient également encore aux prises avec des difficultés psychosociales qui auraient pu compromettre la relation mentor-jeune et limiter les répercussions positives du dispositif. Enfin, il est possible que certains mentors, au contact des jeunes, voient ressurgir certains souvenirs douloureux en lien avec leur propres parcours dans les services sociaux, et qu’ils préfèrent se retirer du projet. Ces éléments soulèvent l’importance d’instaurer un mécanisme de sélection et d’évaluation des potentiels mentors qui soit rigoureux et qui tienne compte de ces considérations. Au sein du RIQ, un bénévole possédant une expertise en intervention sociale est en charge des entrevues préliminaires avec les mentors, de la vérification des antécédents criminels et de la supervision continue des relations mentors-jeunes.

 

  1. Conclusion

 

L’ensemble des écrits recensés dans la littérature soulignent la pertinence de reconsidérer l’accompagnement des jeunes issus des services de protection de la jeunesse dans leur cheminement vers la vie autonome autrement que par des approches centrées sur un modèle de prise en charge qui vise le développement d’habiletés fonctionnelles, souvent au détriment du développement du réseau social (Turcotte, Goyette, Frenier et Mann-Feder, 2015). Il apparaît que de nombreuses difficultés vécues par les jeunes à leur sortie des services jeunesse sont en partie liées à des déficits sur le plan du réseau social (Spencer et al., 2010). Dès lors, le recours à des approches alternatives ayant pour objectif d’aider les jeunes à développer et à maintenir des relations saines, positives et possiblement sources de soutien, apparaît prometteur. Plus spécifiquement, la mise à contribution des pairs dans le soutien des jeunes vulnérables lors de leur transition à la vie adulte a été associée à plusieurs répercussions positives favorisant la résilience et l’insertion sociale de ces jeunes, bien que de nombreux enjeux demeurent et méritent une attention particulière.

 

L’expérimentation d’un réseau d’entraide jeunesse dans la région de Québec laisse voir tout le potentiel de la mise en relation des jeunes avec leurs pairs. En plus de mobiliser la communauté dans la réponse aux besoins des jeunes, cette approche fait la promotion de la solidarité entre les personnes partageant un vécu commun de prise en charge. La pérennisation d’un tel service demeure néanmoins un enjeu de taille. De nombreux défis devront être adressés dans les années à venir, allant de la recherche de financement à la mobilisation des jeunes et des mentors. Ayant eu un parcours de vie difficile, les jeunes ciblés par l’organisme ont parfois de la difficulté à demander de l’aide et à s’engager activement à moyen et à long terme. Il est donc essentiel d’entreprendre plusieurs actions visant à rejoindre ces jeunes et à maintenir leur mobilisation. Le contexte particulier de ce dispositif amène également son lot de considérations, notamment en termes de supervision et de pratiques en appui aux mentors pairs-aidants. Il n’en demeure pas moins une avenue prometteuse afin d’assurer un meilleur soutien aux jeunes plus vulnérables de la communauté qui s’apprêtent à vivre une étape majeure de leur parcours de vie.

 

 


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