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Le deuxième numéro de la Revue de Socio-Anthropologie de l’Adolescence (RSAA) a pour objectif de clarifier la notion pairs. Qui sont-ils ? Quelle place ont-ils dans la vie des adolescent-e-s ? Quelles fonctions remplissent-ils ? Derrière l’apparence d’une homogénéité se cache-t-il une diversité des groupes de pairs ? Une diversité des rôles joués par chacun au sein du groupe ?

En s’appuyant sur le discours des adolescents, Joël Zaffran analyse d’abord le rôle des pairs dans l’évolution de leurs goûts musicaux. L’auteur revisite la tension significative entre appartenance à la famille d’une part et groupe de pairs d’autre part, en insistant sur des modalités de transmission des préférences qui relèvent davantage de la médiation que de l’imposition. Si l’héritage joue certainement un rôle dans la « recomposition des goûts à l’adolescence », reste que la logique de tri donne aux adolescents l’occasion d’affirmer leur individualité. Dans ce contexte, les choix effectués en matière de préférences musicales ne sont pas simplement influencés par les pairs, ils sont révélateurs de la relation que les adolescents entretiennent avec ces derniers.

De son côté, Nathalie Dupin propose d’interroger la notion de pairs à partir d’une recherche qualitative menée sur le sujet du (cyber)harcèlement chez les adolescents et les adolescentes. En fonction des contextes et des situations, le terme de « pairs » semble renvoyer dans les représentations des plus jeunes à différents groupes, ce qui confirme la porosité des frontières de cette notion auprès des jeunes eux-mêmes. L’auteure attire alors l’attention sur les multiples dimensions que cette notion peut parfois inclure, parfois exclure, comme l’âge, le milieu social ou encore le genre. Il en résulte la nécessité de situer dans les recherches les relations entre pairs et d’en préciser à chaque fois, au fil des différents travaux, les frontières.

La notion de pairs est particulièrement intéressante à étudier dans un contexte d’intervention. Pour des jeunes en situation de grande vulnérabilité les « pairs » peuvent en fait jouer un rôle important dans leur insertion sociale. A partir de l’exemple d’un réseau d’entraide jeunesse de la région de Québec, Vanessa Fournier insiste sur les avantages d’un accompagnement centré sur la mise en relation entre jeunes ayant traversé des expériences semblables. Le soutien entre pairs s’avère une voie prometteuse en termes d’intervention auprès de ces jeunes, notamment parce qu’il favorise la mise en avant de relations positives et solidaires particulièrement favorables à l’insertion sociale.

Ce rôle que peuvent jouer les pairs dans un contexte d’intervention sociale est également analysé dans le contexte français. François Chobeaux et Eric Le Grand soulèvent cependant le paradoxe qu’entraine leur mobilisation dans le domaine de l’éducation à la santé : malgré la proximité des « pairs éducateurs » avec leur jeune public, leur statut spécifique les amène à se distinguer, notamment du fait de leur montée en compétences. La mise en place d’activités impliquant les peer educators nécessite alors la présence et l’accompagnement attentif d’adultes qualifiés afin de s’assurer de la bonne conduite des activités de sensibilisation et de prévention. La simple « homothétie en âge » n’apparaît pas comme un élément suffisant pour s’assurer de l’efficacité d’une telle démarche.

Finalement, à partir d’enquêtes menées dans des quartiers populaires de la banlieue parisienne, Thomas Sauvadet analyse la socialisation d’une jeunesse « de rue ». Le regroupement de jeunes dans l’espace public révèle la coexistence de différents groupes d’appartenance. Dans ce contexte, il s’agirait, non pas de parler d’une socialisation par « groupe de pairs » mais plutôt d’une « socialisation juvénile », notamment parce que la bande rassemble des jeunes de tous les âges et parce des relations autoritaires et hiérarchiques, à l’opposé de relations solidaires et horizontales, s’imposent à de nombreuses occasions. Cette « socialisation juvénile » ferait d’ailleurs la spécificité de la socialisation de ces jeunes de quartiers populaires.