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Le troisième numéro de la Revue de Socio-Anthropologie de l'adolescence (RSAA) rassemble des textes questionnant le rôle des technologies de l'information et de la communication dans l’accompagnement des jeunes par les professionnels de l’enseignement, du travail social et du secteur médico-social. Il s’agit notamment d’interroger les dimensions de ces technologies à prendre en compte dans la prévention et l’intervention auprès des adolescents et des adolescentes, et de mieux définir en quoi elles sont efficaces et/ou limitées dans ce domaine.

A partir d'une analyse de contenu de vidéos publiées sur

par des adolescents et des adolescentes sur le sujet du cyberharcèlement, Mathieu Bégin décode ce qui est mis en scène, et montre comment ces contenus présentent des informations peu diversifiées et le plus souvent sans fondement. Par ailleurs, il montre que la production de telle vidéo semble posséder un “potentiel de transformation sociale limitée”, ce qui induit qu'une place est à prendre par les adultes dans l'accompagnement des jeunes s’engageant dans des démarches de production de vidéo de sensibilisation. En proposant quelques pistes d’action, Mathieu Bégin plaide alors en faveur d’un accompagnement de pratiques qui, au-delà de leur apparence ludique, favoriserait une éducation sous un mode réflexif.

De son côté, Anne Cordier souligne l'importance d'accorder une attention particulière aux pratiques informationnelles des adolescents et des adolescentes. Si elle insiste d’abord sur l'hétérogénéité des pratiques déclarées par les plus jeunes, elle plaide au final pour le développement d'une « culture de la reliance », propre à accompagner les plus jeunes dans un rapport que nous pourrions également qualifier de réflexif dans le domaine des pratiques informationnelles. Mais pour y arriver, encore faut-il extraire les particularités de la culture de l’information d’une représentation plus globale et trop généraliste d’une culture du numérique, un des aspects fondamentaux à traiter lors de la formation des professionnels de l’éducation en particulier et de l’adolescence en général.

Yann Bruna rappelle l'importance pour les professionnels de prendre en considération la gestion des données personnelles par les plus jeunes afin d'intervenir au mieux auprès d'eux dans le contexte d'une éducation à l'usage d'internet et des différents réseaux sociaux. Au-delà de la nécessité de les sensibiliser à la nécessité de protéger ces données personnelles, Yann Bruna démontre qu'au sein même de la sociabilité adolescente se sont immiscées des formes de surveillance entre pairs. Ces ados tentent de se situer au mieux dans la tension qui les tiraille entre désir de participer à la sociabilité adolescente (qui implique la mise en visibilité de certains contenus) et la nécessité de protéger leur vie privée.

En adoptant une approche clinique, Marion Haza remarque, de son côté, que des adolescents et des adolescentes laissent sur les différents réseaux sociaux des traces de leurs souffrances. Dans ce contexte, les espaces numériques sont-ils de simples révélateurs de cette souffrance ou des facilitateurs de leurs prises de risques ? Marion Haza montre ainsi l’importance de se méfier de ce qui est rendu visible par les plus jeunes à l’ère du numérique, tout en soulignant la nécessité d’y accorder son attention en tant que professionnel. La dimension du sens des pratiques numériques imputé par les jeunes eux-mêmes à leurs publications se révèle centrale pour saisir la complexité de leurs usages des TICs. Une dimension que les professionnels doivent impérativement prendre en considération afin d’éviter les généralisations hâtives.

Finalement, à partir d'une enquête qualitative menée auprès d'ados sur le sujet de la violence dans les relations amoureuses, Tatiana Sanhueza questionne le rôle que peuvent jouer les technologies de l'information et de la communication dans des stratégies de prévention. Tout en soulignant leurs limites, notamment parce que certains jeunes ne sont pas convaincus que ces technologies peuvent être utiles dans ce domaine, elle souligne l'avantage de leur dimension participative, tout en posant la question, en guise de conclusion, du nécessaire travail à accomplir sur les représentations que les adultes développent au sujet de ces technologies.