L'ENTRE-DEUX RISQUE(S). ENTRE PERSPECTIVE PRÉVENTIVE ET RÉALITÉ INDIVIDUELLE

Auteure : SOPHIE LE GARREC

L’alcool, le tabac, le cannabis, la sexualité, les jeux, l’internet, etc. autant de pratiques qui, associées à l’adolescence, sont désignées par les politiques de santé publique mais aussi les médias, comme des risques ou des conduites à risque. Cette notion de risque, pourtant plurielle, variable, elliptique n’est que rarement questionnée tant elle semble aller de soi, plus particulièrement dans les approches socio-sanitaires associées à nombre d’images-types et de « généralisations ciblées ». Comment appréhender ces risques et/ou conduites à risques ? Reposent-ils sur des critères et invariants descriptifs et explicatifs homogènes ? Recouvrent-ils les mêmes actions, comportements et significations pour l’ensemble des acteur-e-s ? Sont-ils inférés sur la fréquence des pathologies émergentes, sur la gravité de ces dernières ou sur leur prévalence ? Comment se saisir de cette notion dans le cadre d’actions prévention ? Pour appréhender cette notion du risque, nous développerons principalement notre propos sur les addictions et les politiques de santé publique en la matière, thèmes que nous avons pu questionner à travers plusieurs recherches en France et en Suisse.

Mots-clés : Risques – Addictions – Prévention – Santé Publique - Représentations

 

Pour citer cet article : 

Le Garrec, S., "L'entre-deux risque(s). Entre perspective préventive et réalité individuelle", Revue de Socio-Anthropologie de l'adolescence [En ligne], no.1, janvier 2017, p.32-47. URL : http://revue-rsaa.com/index.php/les-numeros/numero-1-les-discours-experts/85-3-l-entre-deux-risque-s

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L’entre-deux risque(s)

Entre perspective préventive et réalité individuelle

 

L’alcool, le tabac, le cannabis, la sexualité, les jeux, l’internet, etc. autant de pratiques qui, associées à l’adolescence, sont désignées par les politiques de santé publique mais aussi les médias, comme des risques ou des conduites à risque. Cette notion de risque, pourtant plurielle, variable, elliptique n’est que rarement questionnée tant elle semble aller de soi, plus particulièrement dans les approches socio-sanitaires associées à nombre d’images-types et de « généralisations ciblées »[1]. Comment appréhender ces risques et/ou conduites à risques ? Reposent-ils sur des critères et invariants descriptifs et explicatifs homogènes ? Recouvrent-ils les mêmes actions, comportements et significations pour l’ensemble des acteur-e-s ? Sont-ils inférés sur la fréquence des pathologies émergentes, sur la gravité de ces dernières ou sur leur prévalence ? Comment se saisir de cette notion dans le cadre d’actions prévention ? Pour appréhender cette notion du risque, nous développerons principalement notre propos sur les addictions et les politiques de santé publique en la matière, thèmes que nous avons pu questionner à travers plusieurs recherches en France et en Suisse (Le Garrec, 2000, 2001, 2002 & 2012).

 

Une définition relative et ambiguë

Le risque est le plus souvent défini comme une incertitude qui caractérise les conséquences négatives d’une action ; l’incertitude étant elle-même explicitée comme ce qui ne peut être déterminé, connu à l'avance. Il s’agit donc d’une potentialité qu’un évènement jugé néfaste ou périlleux apparaisse. Autrement dit, la définition du risque semble a priori des plus spéculatives et aléatoires quant à ses conséquences, davantage énonciative qu’explicative. Lorsque les acteur-e-s de la prévention caractérisent des pratiques, conduites, consommations « épidémiologiquement » à risque, ils-elles le font le plus souvent dans une perspective présupposant que ces dernières, d’une part, seraient reconnues objectivement et consciemment comme un risque par l’individu consommateur et d’autre part, généreraient, de facto, des effets sanitaires à moyen ou long terme (cancers, cardiopathies, alcoolisme, toxicomanie,…). Les risques sont alors le plus souvent pensés comme une énumération de facteurs isolés, indépendants les uns des autres favorisant l’apparition de pathologies Goldberg, 1982) inventoriées ; cela se transcrit d’ailleurs dans l’action préventive par une approche mono- catégorielle : campagne sur le tabac, campagne sur l’alcool, campagne sur le cannabis, etc.

 

Ces primo-constats soulèvent plusieurs paradoxes. Mentionnons-en quelques-uns.

Premièrement, au regard de la place des polyconsommations et de la polyvalence des effets recherchés (Le Garrec, 2002) l’approche « produit par produit » – ainsi que son inscription dans un registre principalement sanitaire – questionne la pertinence de cette démarche préventive encore au centre des politiques de santé publique en Suisse ou en France.

 

Deuxièmement, le fait de boire un verre d’alcool et/ou de fumer une cigarette ne renvoie pas chaque consommateur-rice à un calcul probabiliste du risque de générer des maladies tels les cancers ou les maladies cardio-vasculaires associées à ces consommations. Rares sont les personnes s’identifiant spontanément au fait « d’avoir un cancer du poumon dans 10 ou 20 ans » et aux probabilités morbides (ou mortelles). L’individu ne fume pas, n’a pas un cancer et ne meurt pas en moyenne. Si cette logique était avéreé, nous serions alors des êtres ultra- rationalisés tel l’homo medicus décrit par Peretti-Watel et Moatti (2009 : 55 & 56) comme « super-calculateur, soit à la fois parfait et simpliste ayant (…) un horizon trop étroitement borné à la sauvegarde de son capital santé […] censé percevoir son corps comme objet clinique ». Or, il n’en est rien. La consommation de substances psychoactives se conjugue a contrario selon les consommateurs/rices à des formes de plaisirs, d’utilités sociales (Le Garrec, 2002) voire même à des antidotes à la rationalité des risques médicaux.

 

Troisièmement, les risques de ces consommations addictives se construisent dans les discours sanitaires autour de deux rhétoriques : la peur des conséquences médicales et la généralisation de l’importance de leur occurrence. Les consommations psychotropes et les risques qui leur sont associés sont le plus souvent justifiés et expliqués par la gravité de conséquences pathogènes possibles sur la santé. En outre, ces dernières sont marquées par l’absence de statistiques précises quant à la probabilité de développer les pathologies annoncées/énoncées selon les profils des consommateurs-rices.

 

« Je me demande toujours qu’est-ce que ça veut dire quand ils disent que dans 10 ans on risque d’avoir un cancer ? C’est à compter du moment où j’ai commencé à fumer ? Ils s’adressent à moi qui suis un consommateur ancien ou à ma copine qui vient de commencer ? Et puis, c’est quoi risqué ? C’est en fonction de qui je suis et de mon parcours de fumeur, il faudrait qu’ils me disent combien j’ai de chances de développer un cancer ? Là, c’est flou ! Et sur l’ensemble des fumeurs/euses, combien risque précisément d’avoir un cancer de la gorge comme sur les paquets (photos sur les paquets de cigarettes) ? » Quentin, 19 ans.

 

Cette manière de présenter le risque et ses différentes mises en garde axe l’analyse sur les effets potentiels mais ne questionne en rien sa définition propre et les raisons qui motivent l’entrée dans une consommation désignée comme « risquée ».

 

Des registres et des échelles d’analyses différentielles peuvent expliquer ces discrépances dans ce que recouvre la notion du risque. Nous pouvons d’ores et déjà observer à travers ces quelques caractéristiques, des catégories sémantiques et analytiques spécifiques.

 

 

Risques : étiques et émiques

 

Deux niveaux d’appréhension sont en présence : des risques étiques (etic) et des risques émiques (emic)[2]. Ces concepts distinguent différents points de vue sur un même phénomène. Tout d’abord le point de vue du « sujet » basé sur une logique et signification propre aux acteur-e-s (émique) et ensuite un point de vue général d’observateur-rice extérieur-e (étique). L’explication/posture « étique » répond de critères généraux et experts sur lesquels tout le monde s’accorde (fumer tue) alors que l’explication/posture « émique » actualise le sens des actions/agirs de manière singulière selon les acteurs-e-s et le contexte (fumer tue mais pas moi). Il s’agit alors de comprendre au sein de chacun de ces idéaux-types, les logiques et les liens explicatifs entre les faits, les situations, les pratiques, les comportements, les personnes défini-e-s comme risqué-e-s ainsi que les significations et les valeurs qui leur sont associées. La pluralité des décodages de ce qui « fait » risque ou non-risque ne peut se comprendre indépendamment d’une analyse de contenu de la configuration dans laquelle apparaît cette désignation du risque et des catégorisations dans lesquelles elle s’inscrit.

 

Le risque est donc une construction permanente ayant dans certaines approches une relative « objectivité » et un certain consensualisme, alors que pour d’autres, il paraît plus « subjectif » et moins évident socialement. Le risque n’est finalement qu’un « mot »7 s’ajustant et prenant sens en fonction des invariants et des contingences de chaque contexte, de chaque interaction et de chaque inter-actant-e-s et surtout une notion, pour paraphraser P. Bourdieu (1984 : 145) manipulée et manipulable.

 

Voyons à présent les particularismes de ces deux positionnements repérés dans nos analyses de données.

 

Risques étiques

 

Les risques étiques sont appréhendés et acceptés par tou-te-s car définis dans nos sociétés et ses expert-e-s sanitaires comme effectifs d’un point de vue externe. Il s’agit de risques prescrits allant du « haut vers le bas », en opposition avec les risques réels[3] composés « en bas »[4]. L’une des caractéristiques de cette première catégorie réside dans le fait que ces risques sont connus et reconnus de la plus grande partie des individus, peu importe les registres dans lesquels ils s’inscrivent (économiques, sanitaires, politiques, etc.). Ils sont quasiment naturalisés. Bien que parfois discutables, ces macro-catégorisations sont présentées comme des vérités d’évidence et/ou d’expertises – donc – pas ou peu négociables. Elles ne le sont – négociables et discutables – qu’au gré des évolutions scientifiques, historiques et des savoirs réflexifs engagés dans nos sociétés. Le vin consommé comme boisson fortifiante et désaltérante lors de courses sportives comme les marathons jusqu’à l’après-guerre[5], le tabac jusque dans les années 60 comme protecteur des petites maladies hivernales et/ou comme produit amincissant, ou encore l’ecstasy vendu librement dans les sex-shops comme un aphrodisiaque jusqu’au milieu des années 80 (Le Garrec, 2000, 2002) démontrent de cette variabilité dans la désignation de ce qui constitue « le » risque.

 

La notion de risque étique reste par conséquent relative, elle varie selon les périodes de notre histoire, selon les contextes et les sociétés. D’où la difficulté et la complexité à proposer des critères de définition mais aussi à repérer clairement les modes de penser et de catégorisation des risques. Des risques définis comme prioritaires ou des risques minorés, les logiques d’ordonnancement et de hiérarchisation des évènements dans nos sociétés sont, en effet, loin d’être des plus lisibles. La construction sociale des risques étiques s’explique principalement par deux groupes d’influence modelant l’évidence et la reconnaissance généralisée dans nos sociétés de ces risques.

 

Des interférences définitionnelles au cœur des risques étiques

 

Les risques étiques sont relatifs et fluctuants selon le poids de certains groupes d’influence. Des médias aux lobbies économiques, ces groupes, ayant des intérêts différentiels, agissent de manière plus ou moins visibles sur les risques et prises de risque en cours dans nos sociétés : les premiers en focalisant leurs propos autour d’un évènement ou d’un phénomène de société qui sera amené à être perçu comme risqué ; les seconds en agissant afin d’occulter certains risques allant jusqu’à les faire passer comme « non-risques ». La répétition d’une information et/ou la centration sur certains évènements par les médias amènent à créer des réalités menaçantes ainsi que des « degrés » et des hiérarchisations de la gravité de certains phénomènes. La disponibilité de l’évènement[6] dans les médias, entre autres, modifie souvent l’inscription réelle de ce dernier dans notre quotidienneté. Le sentiment d’insécurité largement traité et répété dans les médias et les discours politiques[7] démontre du décalage entre la réalité de l’insécurité16 et sentiment d’insécurité ancré dans des rapports subjectifs et des imaginaires collectifs (Mucchielli L., 2002 ; Guéniat O., 2007).

 

La manière de traiter un évènement mais aussi certaines populations peuvent changer profondément les ressentis, les significations, les jugements qui leurs sont associés et créer l’empathie, la peur, le plaisir, la méfiance, etc. C’est notamment le cas pour le traitement médiatique des « jeunes » depuis quelques années les présentant fréquemment comme une classe dangereuse (Dubet, 1987) : drogué-e-s, inciviles, violent-e-s, laxistes, en perte de repères et de valeurs, sans morale, binge drinkers, trop gros ou trop maigres, boulimiques ou anorexiques, etc. Le nombre de publications et de dossiers de la presse écrite ou de la télévision sur ces thèmes est démesuré au regard de la réalité et des particularismes de ces problématiques chez « les jeunes » (Le Garrec S, 2008, 2010). Systématiquement, ils/elles sont présenté-e-s d’une part, de manière uniforme, comme un tout homogène, et d’autre part, sous une focale négative, pathologique et dramaturgique (Gonseth et al., 2008) La démesure et la ténacité à présenter les jeunes comme décadent-e-s et déliquescent-e-s amènent deux effets notables : une certaine stigmatisation sociale des jeunes auprès des adultes de nos sociétés (Gonseth, et al., 2008) ; un effet miroir pour les jeunes qui ne se sentent perçu-e- s que comme une négativité.

 

« À chaque fois qu’on parle de nous, de toute manière, c’est à chaque fois pour dire qu’on est des jeunes cons et qu’on glande rien. On sait juste tirer sur des joints, insulter les vieux […] on est des inciviles et violents comme ils disent ! », Roland, 19 ans[8].

 

Outre, les médias pouvant influencer la définition et la réceptivité de ce que peut représenter à un moment donné « un » risque, les groupes de pression économique jouent également un rôle d’interférents dans la définition sanitaire de certains risques de santé publique. Pour illustrer cet aspect, les lobbyings qui ont suivi le vote de la loi Evin et qui se poursuivent encore aujourd’hui, particulièrement quant à son versant alcool, en sont d’illustres exemples. Interdisant toutes publicités sur les boissons alcoolisées, les viticulteurs-rices français-e-s ont protesté, et protestent encore, accusant cette loi d’une part de la mévente des vins français au profit de vins étrangers et d’autre part, de la légitimité douteuse, d’associer le vin à un alcool, ou du moins un alcool comme les autres. La loi Evin en quelques années, a été vidée d’une bonne partie de son contenu et arrive à un point ultime de rétivité de son application.

 

Les lobbies « alcool » agissent encore fortement aujourd’hui contre certaines mesures visant à désigner l’alcoolisation à bas seuil comme un risque. Par exemple, les lois et définitions des taux d’alcoolémie légale en matière de sécurité routière sont au cœur de certaines polémiques se couplant d’ailleurs avec les offensives contre la loi Evin. Certains syndicats viticoles se sont même lancés dans des « recherches » voulant démontrer qu’un individu lambda peut consommer « tranquillement » 3 verres de vin au cours d’un repas sans dépasser les 0,5 grammes de taux d’alcoolémie :

 

« Le syndicat des viticulteurs de Fronton lance cette semaine sa "croisade du bon sens", afin de sensibiliser le public à une étude montrant que la consommation de trois verres de vin lors d'un repas complet permet dans 98% des cas de demeurer sous le seuil légal d'alcoolémie de 0,5 g/l de sang. L'initiative est locale, mais elle recoupe les efforts de la profession pour sortir le vin de la loi Evin en lui autorisant le recours à la publicité collective. Le syndicat ne craint pas d'éventuelles protestations des organisations luttant contre l'alcoolisme ou des responsables de la sécurité routière. "Nous voulons que la discussion sur la place du vin dans la société aille plus loin, avec des accidentologues, des sociologues, pas seulement des vignerons", a déclaré mercredi à l'AFP Hugo. Cavagnac, directeur de la maison du vin de Fronton. Quatre-vingt-quinze personnes, hommes et femmes choisis de manière représentative sur un panel de 4.000 consommateurs, ont participé à l'étude menée du 15 au 20 avril à Toulouse. Ils ont consommé en 1h15 un repas complet (entrée, plat, dessert) apportant environ 1.100 calories et trois verres de vin de 12,5 centilitres. Les participants ont soufflé dans des éthylomètres utilisés dans les gendarmeries pour les contre- expertises, un quart d'heure puis une demi-heure après la fin du repas. "Aucun homme et seules deux femmes sur 48, pesant toutes deux moins de 55 kg, ont été positives", a assuré le directeur de la maison du vin. » in Gastronomie.com du jeudi 9 septembre 2004.

 

Comment ne pas rester dubitatif-ive devant les manifestations des viticulteurs-rices et des restaurateurs-rices se plaignant de l’insuffisance de la consommation de leurs client-e-s, souvent conducteurs-rices d’un véhicule motorisé ? Comment comprendre la volonté des producteurs-rices de vins et de nombreux-euses député-e-s de voir le vin dédouané des restrictions de la Loi Evin pesant sur les produits alcoolisés ? Ou encore, comment ne pas s’interroger sur le poids de ces lobbies lorsque l’idée de faire passer le vin comme un aliment a pu être proposée par un amendement parlementaire à la loi rurale et débattue au Sénat – et est encore aujourd’hui pleinement relayée au sein de certaines institutions (politiques, économiques mais aussi scientifiques) ?

 

De façon générale, pour l’ensemble des drogues, licites ou non, le projet de la prévention est consubstantiellement lié à une volonté d’inflexion des comportements sociaux face à des risques énoncés médicalement, comme nous l’avons mentionné précédemment, fait exception à cet objectif, la consommation l’alcool. « Promouvoir une consommation responsable » ou « la modération a bien meilleur goût », tels sont les slogans proposés auprès des 13-16 ans démontrant que le risque ne se situe pas dans la consommation à proprement dite dès lors qu’elle est « responsable » et/ou « modérée ». Qu’est-ce que veut dire de tels qualificatifs ? Pourtant, en s’inscrivant dans la logique de la santé publique qui argue l’importance des données épidémiologiques, comment comprendre que ces débats puissent être retenus et relayés lorsque quarante-cinq milles décès par an sont attribués uniquement à la consommation d’alcool et que deux millions de personnes sont alcoolo-dépendantes en France ? Alors que les entrepreneurs de morale (Becker, 1985) brandissent les chiffres alarmants des morts victimes de la route, du tabac, de surpoids, de drogues illicites, comment ne pas s’interroger sur l’édulcoration des risques-maladies-morts directement générés par l’alcool ? Lorsque l’alcool est appréhendé comme un risque, il l’est généralement combiné à une autre pratique jugée également comme « à risque » ; le risque alcool est alors donc externalisé : « boire ou conduire, il faut choisir » illustre cet aspect en inclinant le risque sur l’association alcool et conduite d’un véhicule motorisé et non dans la consommation en elle-même (qu’elle soit « modérée » ou pas).

 

Il en est de même en Suisse – principalement dans les cantons du Jura et Neuchâtel – avec les industries du tabac : le groupe British American Tobacco (BAT) dans le Jura et Philip Morris pour Neuchâtel. Suite à la consultation fédérale d’une Ordonnance sur le tabac en 2003 – proposant entre autres, une mention de dangerosité du tabac sur les paquets de cigarettes, une réglementation plus stricte sur les teneurs nicotiniques et sur les agents additifs et toxiques pour les productions nationales mais aussi à l’export – l’ensemble des cantons helvétiques ont validé les mesures proposées, seuls les cantons ayant des liens économiques forts avec les industries du tabac (Neuchâtel, Jura, Vaud)[9], principalement par l’implantation d’usines, ont émis des réserves ; réserves recouvrant les craintes de ces industries. La menace de « départ » de ces usines[10] – et les emplois qu’elles représentent pour les cantons – et le lobbying effectué par ces deux groupes industriels ont pesé dans la décision finale de ces cantons.

 

Ces personnes ou institutions interférentes agissent directement sur les contours de ce qui sera à un moment donné défini dans nos sociétés comme un risque-type[11] ; ce dernier reposant pour nombre de pratiques, comme on vient de le voir, sur des conflits d’intérêts éloquents et des dilemmes entre un consensus avec l’électorat, des intérêts économiques-financiers, des traditions socio-culturelles et des priorités de santé publique effectives.

 

Des catégorisations inégalitaires

 

L’évaluation de ce qui construit « le » risque dépend aussi des étiquetages et des préjugés attenants aux évènements mais aussi aux individus qui le « supportent ». Ces étiquetages semblent étroitement associés aux quatre grands modes de classifications sociales usités en sociologie : l’âge, le sexe, l’appartenance culturelle, ethnique ou nationale et la place ou la fonction dans le processus de production. Ces modes de classements générateurs de différenciations créent simultanément de la hiérarchisation sociale entre les populations. En effet, sur l’ensemble de nos activités quotidiennes étiquetées comme à risque ou dangereuses, une bonne partie renvoie davantage à la personne et aux perceptions – positives ou non – de « ses » appartenances catégorielles identitaires (homme ou femme, suisse appenzellois ou suisse d’origine kosovar, urbain ou rural, blanc ou noir, jeune ou vieux, cadre ou ouvrier, etc.) qu’à l’activité à proprement parlé. Il y a risque – plus ou moins important – en fonction des types de populations en présence. Par exemple, concernant le phénomène de la délinquance, il est systématiquement associé à certains milieux (en lien ou flirtant avec la précarité ou la mal- insertion), certaines catégories d’individus (les jeunes) et certains quartiers (les quartiers dits de relégation ou banlieues). Ce phénomène n’est que rarement associé aux chef-fe-s d’entreprises ou aux politicien-ne-s, qui pourtant, comme nous le montre l’actualité, transgressent également régulièrement la loi. Une certaine impunité est réservée pour certaines populations.

 

Ou encore, comme nous l’avons déjà mentionné auparavant, « la violence » véhiculée dans les médias et dans les discours de certain-e-s hommes/femmes politiques est quasi- systématiquement accolée aux jeunes alors même que ces violences ne sont pas qualifiées comme telles lorsqu’elles concernent d’autres populations. Prenons l’exemple des destructions de mobiliers urbains ou des incendies de véhicules automobiles observés dans certains quartiers et provoqués par quelques groupes de jeunes. Les notions de guérillas, d’émeutes ou de violences urbaines, de ghettos, de gangs sont associées dans la presse à ces événements pour démontrer toute la force du danger, de la menace de « ces » jeunes. Pourtant, lorsqu’il s’agit de manifestations paysannes ou de marins-pêcheurs, ces mêmes actes souvent présents ne sont jamais dénoncés et qualifiés de la sorte : on parlera de « dérapages », de « manifestations qui ont mal tourné », de « paysans en colère ». De même, les « pépés braqueurs[12] » comme les surnomment les médias sont décrits dans leurs méfaits sur une tonalité amusée édulcorant le plus souvent les délits réellement commis. « Geezer bandit », ce serial papy braqueur recherché par le FBI depuis plus de deux ans auxÉtats-Unis, ayant à son actif une quinzaine de braquages de banque, est devenu un véritable héros médiatique. Vêtements, casquettes, tee-shirts floqués de son image sont en vente sur internet ; des pages de réseaux sociaux de fans se sont même créées, supportant et encourageant ces récidives. « Sur leur mur facebook certains internautes s'emballent : "Geezer président pour 2012", "allez Geezer allez, les banques n'ont que ce qu'elles méritent" ou encore "je respecte cet homme qui est futé et qui pense avec sa tête". Mais l'engouement pour le papy braqueur ne s'arrête pas là. Des messages, des encouragements et des félicitations lui sont également adressés en Français mais aussi en coréen : "continue papy braqueur, je t'adore", "trop fort le vieux", poste un internaute sur la page facebook qui compte à l'heure actuelle près de 10 000 membres. » (Le Parisien, 02.12.2011). Pourtant lorsque les braqueurs-euses sont des jeunes, l’analyse est moins légère et amusée[13]. Des mêmes faits sont appréhendés fort différemment dès lors qu’ils sont « commis » dans des environnements et par des populations socialement différenciés.

 

Il en est de même pour les risques associés aux consommations de substances psychoactives. Contrairement aux autres âges de la vie, pour les jeunes, ces consommations sont appréhendées comme un maillon majeur amenant à une toxicomanie dure, à des formes de déliance et à des extrêmes de conduites. La consommation de toxiques est systématiquement associée à un risque conséquent pour « nos » jeunes alors qu’elle prend un statut tout autre chez les adultes. Boire de l’alcool quotidiennement et/ou plus que de raison n’est que rarement définis comme des risques pour/par les populations adultes. Pourtant, ces alcoolisations sont clairement désignées comme des « béquilles » au quotidien tant dénoncées en matière de prévention dès lors qu’elles concernent les jeunes. Encore aujourd’hui, la pratique de l’alcoolisation massive le week-end (« binge drink ») qui est prégnante chez les adolescent-e-s mais aussi chez les adultes, est vivement dénoncée, amplifiée pour les premiers-ières et passée sous silence pour les second-e-s (Le Garrec & Damour, 2004).

 

Différentes formes de légitimité de la consommation d’alcool prévalent donc dans les discours et sont fonction ici des catégorisations des populations en terme notamment d’appartenance générationnelle. Des entretiens menés auprès de femmes et d’hommes âgé-e-s entre 25 et 35 ans (Le Garrec & Damour, 2004) révèlent que les individus catégorisent de manière extrêmement négative la consommation des adolescent-e-s et plus globalement « des jeunes ». À l’inverse, les consommations des « vieux », c’est-à-dire des personnes âgées (leurs grands-parents par exemple) ou des personnes de la génération précédente (comme leurs parents) sont totalement associées à une normalité du boire. Des états d’alcoolisation avérés de personnes d’un certain âge sont, dans les discours, tempérés et amoindris :

 

« il boit son p’tit coup (rires) à son âge, il a bien le droit de se boire ses petits verres tous les jours [même si on peut appeler ça de l’alcoolisme ?] Non, tout de suite les grands mots ! Non, enfin, c’est pas pareil, c’est, il est vieux donc c’est pas la même chose. Il est gai et tout bien, c’est tout. » (Damien, 29 ans).

 

Une même consommation va donc être interprétée comme légitime et appartenant à « la normalité » pour certaines populations alors que pour d’autres, elle sera vivement condamnée et associée au mal-boire, au « boire risqué voire dangereux ». Il y a donc des âges modaux du boire c’est-à-dire des âges et des positionnements sociaux dans lesquels des normalités sociales construites sont définies et intériorisées par chacun-e.

 

Les jeunes sont donc saisi-e-s à travers de vieilles définitions soulignant leur fragilité, leur vulnérabilité, leur imprévisibilité, leur passivité mais aussi leur aspect destructeur, irresponsable, agressif, ignorant, irrespectueux (Dubet, 1996), « en crise », faisant de cette catégorie une population « à risque ». Pour autant, et au-delà de ces stigmatisations, comment accepter aujourd’hui cette homogénéisation des comportements « à risque » d’une population « des jeunes » allant selon les sources choisies de 7 à 31 ans – selon le thème abordé, la gravité des actes, le fait d’être victime ou non, les journaux parleront « d’enfants » pour les victimes ou faits divers positifs et de « jeunes » pour les actes déviants et les faits divers négatifs concernant les moins de 18 ans – ; homogénéisation niant d’une part, toutes différenciations sociales et économiques des individus et d’autre part, les différentes manières d’être jeune et de se représenter les jeunesses (Le Garrec, 2011). Tout ceci contribue, pour reprendre la formule de M. Loriol (2004), à une myopie de l’analyse et accroît les interprétations/interférences erronées.

 

Il y a donc une appréhension du risque étique différenciée selon les catégorisations sociales par lesquelles les individus sont déterminés diversement. Outre les questions liées aux définitions des termes usités, on peut également s’interroger sur le traitement « égalitaire » des variables proposées et des populations désignées en termes de public-cible.

 

Les définitions des risques, bien que sensibles au gré de certaines influences, s’appuient donc principalement dans ce type étique sur des « expertises sanitaires », économiques, juridiques et politiques. Pour autant, des définitions émiques sont aussi présentes.

 

Risques émiques

 

La dangerosité d’un environnement, d’un acte, peut donner lieu à des évaluations radicalement différentes de par les normes variables des milieux d’appartenance individuels et collectifs – social, professionnel, culturel, familial, amical, etc. – centrales dans la production des repères perceptuels du risque mais surtout dans les moments même où s’engage la pratique, la conduite ou la consommation dite à risque. Cette seconde catégorie de risques « émiques » peut être désignée comme subjectivés c’est-à-dire perçus, ressentis, réappropriés individuellement et pouvant varier selon les configurations vécues. Les dispositions d’appréhension des risques doivent alors être mises en avant et explicitées. En effet, d’une part, les risques peuvent tantôt être étiques, acceptés comme tels lorsqu’ils s’inscrivent dans des discours/réalités généralisé-e-s, expert-e-s (fumer est nuisible pour la santé) mais être éludés lorsqu’ils s’appliquent à « sa » propre consommation (je fume mais c’est différent et sans risque). D’autre part, ces risques, bien qu’étiquetés parfois comme tels dans le discours, ne font pourtant pas toujours sens dans l’action : en situation, ces actions peuvent perdre leur caractère « risqué ». Plusieurs explications et analyses de ces schèmes de significations peuvent être proposées.

 

Des risques aux utilités sociales

 

Des risques objectivés et perçus collectivement peuvent être occultés lorsqu’ils concernent et impliquent directement les conduites individuelles et personnelles. Pour reprendre nos exemples dans le champ de la santé, même si les individus connaissent les risques sanitaires encourus par certaines de leurs pratiques, ils les dissocient très souvent de leurs propres agirs. La plupart des adolescent-e-s et des jeunes adultes affirment connaître les risques associés à une sexualité non-protégée et les modalités de transmission du VIH. Pour autant, nombre d’entre eux-elles n’appliquent pas le principe de protection et de limitation des prises de risque. Plusieurs raisons sont exprimées par les intéressé-e-s. Tout d’abord, les énoncés généraux et les vécus personnels et/ou collectifs n’ont pas le même « poids » quant à la construction de la réalité du risque. Les acteurs-rices se considèrent le plus souvent au-delà de la moyenne et bien plus avisé-e-s pour déjouer certains écueils de la rencontre amoureuse :

 

« Je sais que c’est un risque. Mais, je sais que ça ne peut pas m’arriver car je sais avec qui je couche et pas besoin de capote. Je crois que le risque est évidemment présent pour d’autres mais moi, je sais et puis c’est aussi une question de confiance. C’est pour ça que je dis que je sais avec qui je couche, pas comme certains.» (Jérôme)[14].

 

Il en est de même pour les consommations de toxiques. 97,5% des jeunes fumeurs-euses scolarisé-e-s que nous avons rencontré-e-s lors de nos recherches (N=1210) définissent précisément les risques associés aux substances psychoactives (tabac, alcool, cannabis) qu’ils-elles consomment sans pour autant envisager leur arrêt. Ceci montre bien que la connaissance de la dangerosité sanitaire d’un produit n’en limite pas sa consommation et ne se définit pas toujours dans son rapport au produit comme un risque. L’arrêt de la pratique peut d’ailleurs représenter un risque d’ordre social mais aussi individuel pour ces jeunes bien plus important que le risque pour la santé. Il ne faut donc pas omettre le fait que ces consommations par les effets positifs qu’elles génèrent – car il y en a – dans nombre de situations, outrepassent voire subliment, selon les jeunes rencontré-e-s, les risques objectivés.

 

L’ensemble des jeunes reconnaissent donc les risques étiques associés aux consommations alcoolo-toxico-tabagiques sans pour autant s’y conformer. Les risques existent dans les énoncés généraux admis mais ils prennent une autre signification lorsqu’ils concernent les individus :

 

« Je sais que tu risques un cancer, des maladies cardio-vasculaires et qu’en plus si tu prends la pilule, c’est chaud. Mais bon, en ce qui me concerne, perso, c’est différent, je sais que j’arrêterai un jour et puis, ce n’est pas pareil. [Pourquoi n’est-ce pas pareil ?] Ben, c’est, oui c’est dangereux mais ça t’apporte quand même tellement de chose que c’est pas pareil, tu peux pas dire que d’un côté c’est mauvais pour toi. Non. C’est mauvais pour ta santé mais c’est bon pour toi ! […] ça aide, oui, aide, à penser à des choses, à prendre du temps pour toi, à partager, et puis à être, ouais, à être quelqu’un.» (Aline, 15 ans) ; « ça détruit ta santé mais en même temps, c’est tellement bien les effets que ça te fait ! » (Christophe, 19 ans)

 

Deux aspects ressortent de ces extraits d’entretiens : des formes de rationalisations positives et des formes d’utilités sociales. Les premières se construisent principalement, comme nous venons de le voir, à partir de catégorisations étiques des risques et notamment des savoirs sanitaires communs. Les secondes apparaissent pleinement dans les actions et les discours des individus. Des plaisirs éprouvés (plaisirs physiques ou psychiques), des facilitations ressenties envers certains autrui ou certains « agirs », des oublis souhaités, des sensations et capacités à se dédoubler et/ou à être quelqu’un d’autre sont autant d’atouts et d’avantages repérés chez les adolescent-e-s consommateurs-rices de toxiques. Ce sont ces types d’utilités sociales qui occultent au moment de l’action les risques sanitaires. Mais notre propos n’est pas juste. Il ne s’agit pas toujours d’une occultation puisque ces registres ne sont que rarement mis en balance ou en opposition. Ils sont deux référentiels distincts qui peuvent être combinés lors de certaines actions pour légitimer ou mettre à distance certaines prises de risque et/ou certains bénéfices sociaux escomptés par/dans les effets des consommations ingérées.

 

Même si les personnes connaissent les risques encourus lors d’une pratique socialement et/ou médicalement définie à risque, des formes de réversibilité de sens, c’est-à-dire les logiques des actions et les contextes dans/par lesquels prennent place des significations particulières, apparaissent. Des motifs, en rapport « au bien ou au mal » dans/de l’action (Anscombe, 2002) – « c’est par la nature du bien et du mal impliqués dans l’action que l’on va pouvoir non seulement porter un jugement éthique, ce qui est normal, mais aussi procéder à un test d’interprétabilité » – doivent être distingués.

 

Les motifs-généraux/génériques amènent à une appropriation des significations d’une action le plus souvent étique, hic et nunc. Les motifs-causes explicitent l’action présente par des expériences antérieures plus ou moins bien vécues. Enfin les motifs-intentions cimentent l’action vers ce qui doit être obtenu ou évité dans le futur (Anscombe, 2002). Ces trois motifs idéaux-typiques de l’action s’inscrivent à leur tour dans des répertoires sémantiques très différents selon le référentiel engagé dans l’action : le médical ou le social. « C’est mauvais pour ta santé mais c’est bon pour toi » exprime cette ambivalence dans le décodage sémantique de l’action et ses formes de rationalité. Les référentiels convoqués selon les individus et les contextes, se combinent avec les risques tantôt associés au sanitaire, tantôt au social et souvent, aux deux à la fois.

 

Prenons quelques exemples. Lorsque le référentiel initial du risque est médical, il peut dans l’action devenir secondaire face à l’importance des risques sociaux encourus : j’évite une pratique définie comme risquée pour ma santé mais le fait de ne pas consommer au moment où on me le propose, risque de me faire passer à côté de certaines formes positives connues ou rapportées par « mes » pairs et de me marginaliser. Ou encore, si le référentiel est social, la focale de décodage du risque dans l’action peut allier médical et social : je poursuis ma consommation tabagique et/ou alcoolique parce que j’éprouve du plaisir et qu’elle m’aide sous plusieurs aspects – utilités sociales des effets des produits – mais je risque a) un cancer du poumon et/ou des maladies-cardiovasculaires ; b) un discrédit individuel et collectif si « je fume mal » (crapotage des premières consommations tabagiques) (Le Garrec, 2002) si « je bois mal » (« alcool mauvais », « vomissement[15] », etc.) ou si je n’assume pas certains effets de ma consommation en société.

 

Chacune de ces narrations, selon ses référentiels, mêlent en fonction des « raisons » de l’action et des risques générés par l’action, des motifs – généraux, causes, intentions – et des logiques sous-jacentes qui en changent passablement, in fine, les significations. Ces « anastomoses sociologiques » des significations (sociales et médicales), entre risques et non-risques, doivent être appréhendées par le biais de deux éléments combinés circonstanciés relevés dans nos analyses : les stratégies conjuratoires et les types de croyances profanes.

 

Des stratégies de conjurations et des croyances profanes

 

Des stratégies conjuratoires[16] le plus souvent « irrationnelles » si l’on se place du côté préventif apparaissent clairement dans les discours recueillis et permettent d’opérer un basculement paradigmatique de l’étique à l’émique, du risque à la confiance :

 

« J’élimine car je fais beaucoup de sport. Donc, c’est pour ça que je me fais pas trop de souci pour la clope et les virées du week-end car t’élimines quand même quand tu fais beaucoup de sport » (Baptiste, 18 ans) ;

« Je me mettrais - coucherais - jamais avec un gars qui est pas de mon coin. Là, c’est risqué. Mais quand on fait partie du même coin, c’est pas pareil, c’est pas vraiment risqué » (Anna, 19 ans) ;

« Je sais que c’est pas risqué même si tu bois beaucoup. Le tout c’est que tu laisses 2 minutes entre chaque gorgée et que tu prennes du coca ou de l’Henniez verte entre chaque verre. Après ça, tu peux boire autant que tu veux, tu crains rien » (Nicolas, 18 ans) ;

«… pour éviter les cachets merdiques (à propos de l’ecstasy), coupés avec plein de dégueulasseries, je les achète qu’avec des personnes que je connais parce que là, c’est la confiance et les gens en qui tu as confiance, ils peuvent pas te refiler de la merde. Jamais je n’achèterai aux petits dealers inconnus qui peuvent te refiler des grosses merdes. Il faut être con ! Faut pas s’étonner si t’es malade parce que si tu ne connais pas le mec, c’est pas étonnant. ». (Juliette, 18 ans).

 

Les situations que « je vis » de l’intérieur ne peuvent être saisies comme les situations macrosociales générales. Ces stratégies conjuratoires explicitent les ressorts des actions engagées et des passages à l’acte. Des types de croyances – et réappropriation de certaines croyances – peuvent justifier des prises de risques, les minimiser ou bien les faire passer sur un registre tout autre, celui des mises en confiance/activateurs de confiance.

 

Quatre types de croyances profanes ont été repérés dans nos recherches auprès d’adolescent-e-s et d’« adultes » de 25-35 ans actifs : des croyances en lien avec les contenus médicaux et préventifs réappropriés par les consommateurs-rices. Certaines consommations désignées par les instances sanitaires comme des risques majeurs (le tabac par exemple) deviennent des non-risques dans les réappropriations positives et personnelles des individus. Thomas (16 ans) nous expliquait lors d’un entretien, la relativité du risque du cancer du poumon pour les fumeurs-euses au vu des avancées techniques et scientifiques « on arrive bien à greffer des cœurs, des mains […] bientôt ce sera des poumons. » ou encore Clara (18 ans) « quand tu sais qu’ils arrivent à faire des greffes de visage, c’est dingue ! Me dis pas qu’ils ne pourront pas d’ici quelques temps tout greffer même des poumons, des langues, des larynx ! ». Finalement, les risques sanitaires décrits par les acteur-e-s de santé publique n’en sont pas du point de vue des adolescent-e-s, convaincu-e-s que les maladies qui potentiellement peuvent les concerner à long terme, ne seront plus d’ici quelques années : « ce sont des maladies d’aujourd’hui, mais, demain j’crois, ouais, c’est comme le sida y a 20 ans, ça existait pas, ou des maladies qui existaient avant et qu’on soigne avec un vaccin aujourd’hui. Et bien, je suis sûr, que, ouais, les cancers et tout, on en parlera plus quand je serai en âge peut-être d’en avoir un. Ça sera autre chose » (Rodolphe, 19 ans). Ou encore, certaines personnes rencontrées légitiment leur consommation de vin par le « fameux » verre de vin quotidien qui serait bon pour la santé et notamment pour le cœur. Cette assertion, dans la majeure partie des discours, est extrapolée et par extension devient « si un verre de vin est bon pour la santé, le vin n’est finalement pas dangereux et risqué peu importe la quantité, la dose. Sauf à être alcoolo bien sûr. » (Sébastien, 31 ans) ; « le vin, c’est reconnu, c’est bon pour le cœur, c’est même un truc préventif pour des maladies cardiaques, je crois. J’ai déjà entendu des médecins et des spécialistes en parler à la télé » Ariane (19 ans). Les avancées médico-scientifiques, la variabilité et la réappropriation des savoirs experts structurent donc ce premier type de croyances et permettent de « faire », « d’agir », « de consommer » sans risque et même pour certain-e-s, en confiance[17] ;

 

  • Des croyances de réversibilité La pression sociale quotidienne fortement verbalisée par les populations rencontrées dans nos recherches est « évacuée », « oubliée », « dépassée », « occultée » via les effets des consommations. Ces effets ont une triple finalité attendue : comme rupture, métamorphose ou marqueur temporels des rapports sociaux quotidiens : « ça coupe avec la journée quand c’est une soirée en semaine et ça coupe avec la semaine du travail quand c’est le vendredi par exemple. Le vendredi, oui, ça coupe et en même temps ça te signifie que tu démarres le week-end, ça marque un changement, un basculement et, on n’est pas dans les rapports, enfin, on n’est pas le même dans le travail, à la maison, la semaine et le week-end, tu ne fais pas les mêmes choses, tu ne dis pas les mêmes choses et surtout de la même manière. C’est très certainement symbolique mais oui, l’alcool, sans que je me définisse comme un accro ça marque ces frontières. Ça renverse les choses, le rapport au temps. » (Fabien, 33 ans) ; « C’est un moment de changement, de transformation qui te dit que là, c’est un temps à toi, qui t’appartiens » (Julia, 21 ans). Le temps quotidiens associés à l’urgence, à une intensification des rythmes et à un rapport imposé externe, deviennent lors des consommations des moments très personnalisés et pleinement centrés sur le présent.

 

  • Des croyances en des effets escomptés. Les effets sont polymorphes selon les attentes des individus qui peuvent être des variables, de la stimulation à l’oubli par la sédation. « Je sais quand je commence à boire de l’alcool qu’est-ce que j’attends des effets : si je veux mettre à distance des problèmes et mon boulot, si je veux être euphorique, si je veux me détendre, si je veux que ça m’aide à entrer en discussion, à dire certaines choses à certains moments précis ou à ne pas dire, C’est vraiment toi qui organises le sens que tu veux y mettre. » (Fabrice, 31 ans) ; « Le cana du matin, ça me booste, ça me speed. Le cana du soir, ça me permet de m’endormir en un clin d’œil avec des pensées cool et d’oublier les emmerdes. » (Nicolas, 20 ans).

 

  • Des croyances de survalorisation de soi par la Dans leur rapport personnel au(x) risque(s), les individus se perçoivent comme moins vulnérables que les autres : je conduis toujours mieux que les autres ; il ne peut rien m’arriver ; ça n’arrive qu’aux autres. Cette sur-évaluation se transforme et/ou se fond, dans le discours et dans les actions, à de la confiance : « J’ai confiance, et puis de toute manière, il faut bien mourir de quelque chose. Alors, on verra bien. » ; « Je crois que j’ai une petite étoile au-dessus de moi, je suis, ouais dans une forme de félicitée, protégée, je sais qu’il ne peut pas m‘arriver quelque chose. J’ai conduit dans des états pas possibles, j’ai essayé plein de trucs et rien. Jamais il ne m’est arrivé quelque chose. Donc, je crois que ce n’est pas si dangereux que ça, du tout. Il faut juste se connaître et avoir confiance. » (Damien, 29 ans) ; « c’est une histoire de destin, de confiance aussi. » (Jean-Christophe, 17 ans). À partir de ce type de ressentis et parfois d’expériences, la plupart des usagers/ères (tabac, alcool, conduite de véhicules motorisés) surestiment leur capacité d’évitement du risque et appréhendent même ces consommations/pratiques comme génératrices de confiance (en soi, envers les autres, envers certaines situations, face aux défis, etc.) : « On a l’impression d’avoir des couilles quand on a bu ! Ouais, c’est pas joli à dire mais c’est bien ça (rires) ! T’as l’impression de lever des montagnes, que rien ne te fait peur, c’est une vraie sensation de puissance, de confiance en soi, que rien ne peut t’arriver et que tu peux tout faire (rires) » (Fabia, 19 ans). En outre, les listes des effets et risques notifiés par la prévention (dans les discours des intervenant-e-s et dans les différents supports écrits – flyers, affiches, etc.) pour chaque produit sont rarement vécus par les jeunes, amènent à ce paradoxe : les jeunes n’ayant jamais vécu les effets négatifs mentionnés, se définissent comme des bons consommateurs/rices sachant « utiliser et gérer » leur(s) produit(s) et se perçoivent comme « intouchables », « immunisés » de toute dangerosité. « Quand j’ai lu les trucs, les focus que donnent l’ISPA[18]. C’est juste que je me dis : ben je suis immunisée ! (rires). J’ai jamais été violente, ni fatiguée au point de me planter à l’école, jamais eu de trouble amotivationnels comme ils disent, ni de relations sexuelles sous l’effet de la weed, genre comme dans leur brochure : " oh ! merde j’ai couché avec un inconnu, j’ai pas mis de capote, quelle conne ! ". C’est eux qui sont vraiment très cons ! Je me dis quand je lis leur truc : ce n’est pas possible de dire des conneries à ce point ! C’est ou ils n’ont jamais consommé et ne se rendent pas compte qu’ils sont carrément à côté du truc ; ou ils veulent tellement nous faire peur qu’ils exagèrent les effets…mais c’est très con car personne ne peut se retrouver dans cette espèce de cumul de tous les dangers et donc tu te dis juste que tu consommes bien ! » Patricia (23 ans).

 

L’imaginaire individuel et collectif, pleinement présent dans ces types de croyances se révèle donc être un élément de la compréhension de ses stratégies de mises à distance des risques et du passage dans des contextes d’utilité sociale. Pour appréhender et mieux comprendre ce concept du risque, il faut donc en premier lieu préciser les registres-référentiels dans lesquels il s’inscrit. De ces registres se structurent alors des schèmes interprétatifs et des archétypes modulatoires de ce qui construit des faits/situations/pratiques/comportements/personnes à risque ou au contraire non perçu-e-s comme tel-le-s – dans des rapports de confiance – selon les individus rencontrés.

 

Le risque est effectivement difficilement généralisable à travers une définition exhaustive. Faut-il abandonner pour autant cette notion ? Il nous semble que non. Tout d’abord l’abandonner au profit de quel-s autre-s concept-s ou approche-s ? En prenant le pendant du risque, la confiance, comme nous l’avons imaginé à un moment donné ? Mais, le concept de confiance se heurte également aux ambiguïtés et paradoxes interprétatifs soulevés pour le risque. Certes, moins connoté socialement et médicalement que le risque, la confiance pourrait mettre à distance certaines naturalisations des propos observées lors de nos rencontres avec les adolescent-e-s, les « jeunes adultes », les professionnel-le-s de la prévention et dans les médias. Néanmoins, est-ce suffisant et pertinent ? Peut-on laisser au seul sens commun cette notion et les catégorisations déficitaires qui lui sont associées ? Clarifier les référentiels convoqués dans les actions et les discours, confronter les différentes perspectives émiques vs etiques, nous paraît être une première étape à effectuer avant toute problématisation relatant et/ou combinant « les risques ». Ce repositionnement configurationnel permet de notre point de vue de retrouver l’intérêt heuristique de ce concept. Pour autant, cet atout sociologique s’avère plus équivoque quant aux sens et aux objectifs à donner à « la » prévention. Comme nous avons pu le démontrer ici, qu’il s’agisse de risques étiques, avec les différentes interférences et catégorisations inégalitaires qui les construisent en partie, ou des risques émiques, pourvus d’une variabilité de significations et de modularités définitionnelles souvent antinomiques avec les définitions sanitaires des risques, comment prétendre poursuive des sensibilisations et des discours principalement articulés autour de ce concept appréhender (quasi) exclusivement sous son versant étique ? Comment ajuster la complexité des critères et des configurations significatives de ce qui constitue les significations de ce concept de risque, dans un discours qui se veut « global » et qui doit pouvoir être « standardisé » a minima ? Peut-être serait-il important d’intégrer – enfin ? – la perspective émique comme pierre angulaire de toute médiation préventive ?

  

 

 


 

Notes de bas de page

[1] Nous pensons ici aux publics-cibles ou aux effets pathologiques-cibles de certaines consommations (cancer du poumon, cirrhose du foie, etc.). Nous utilisons ici « généralisations ciblées » comme le fait de procéder à un certain amalgame entre une source - que cela soit une action, une pratique, une consommation ou encore une population - présentée de manière uniforme, sans particularisme ou singularité et un risque, lui-même présenté comme global. Ce processus participe de ce que nous nommerons ensuite la naturalisation du risque c’est-à-dire que l’évidence sociale du risque en question est telle, qu’il devient un impensé, un élément méta-naturel.

[2] En référence aux concepts anglo-saxons anthropologiques emic and etic que nous avons « francisés ».

[3] À l’instar des concepts de « travail prescrit et travail réel ».

[4] Et rarement pris en compte « en haut ». Nous reprenons ici l’idée « du haut et du bas » - le haut incarné par les experts, médecins, spécialistes, etc. et le bas des gens ordinaires, des travailleurs/euses - proposée à propos de l’hygiénisme dans le travail d’Y. Clot, 2010, Le travail à cœur, Paris : La Découverte.

[5] Et encore parfois présent dans certains discours du sens commun notamment à propos du vin.

[6] Cf. à ce propos Tversky, Kahneman in Le Breton D., 1995 ; Le Breton D., 1995.

[7] Notamment, en France, depuis les campagnes présidentielles de 2002 et 2007.  

[8] Extrait d’une recherche que nous avons mené dans le Jura Suisse en 2008 : Le Garrec S., « Rapport de recherche Soif de », Université de Fribourg pour le Canton du Jura, Janvier 2008.

[9] Cf. le rapport de la consultation et le contenu de l’ordonnance fédérale sur le tabac sur le site le l’OFSP : http://www.suchtundaids.bag.admin.ch/themen/sucht/index.html?language=fr&dir2=&schriftgrad=

[10] « Le PDG de Philip Morris International, André Calantzopoulos, a déclaré dans une interview que Philip Morris quittera la Suisse si la révision de l’Ordonnance fédérale sur le tabac interdit l’exportation de cigarettes à forte teneur en nicotine et en goudrons. Selon lui, la fixation de teneurs maximales n’a pas d’effet restrictif sur la production destinée au marché suisse. A l’étranger en revanche, il existe une demande pour des cigarettes plus fortes. Si Philip Morris ne pouvait plus fabriquer ces cigarettes en Suisse, une délocalisation s’imposerait. » (ATS, Le Temps du 03.04.04; 24 heures du 05.04.04).

[11] Cf. à ce propos, les différenciations des « risques » des sorties de toxicomanie, Caïata-Zufferey M., 2004,

« Gérer le risque en produisant la confiance », conférence dans le cadre du séminaire de recherche Gérer le risque dans une société de risques ?, Chaire francophone du Département Travail social et politiques sociales, Université de Fribourg (Suisse).

[12] À Trouville : http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20110826.OBS9230/le-papy-braqueur-de-trouville-  decrit-comme-depressif.html ; à Villefranche : http://www.dailymail.co.uk/news/article-2067154/Is-notorious-  Geezer-Bandit-gunman-actually-YOUNG-man-woman.html ; à Sauveterre (Gard) : http://tele.premiere.fr/Zapster/Un-papy-braqueur-de-superette ; à Villefranche : http://www.ladepeche.fr/article/2010/10/06/921691-villefranche-le-pepe-braqueur-interpelle.html ; etc.

[13] http://www.laprovence.com/article/a-la-une/marseille-trois-jeunes-braqueurs-de-bijouteries-ont-ete-arretes ; http://www.mopnantes.fr/ville/nantes-jeunes-braqueurs-treillieres-juges-5257     ;  http://les40kartierslesplusdif2.skyrock.com/3039286715-Braqueurs-d-Orly-l-ancien-para-a-recrute-ses-soldats-  en-banlieue.html ; http://quimboiseur.over-blog.com/article-suisse-le-nouvel-el-dorado-des-braqueurs-de-  banlieues-fini-la-traquilite-bourgeoise-de-la-suisse-la-gangrene-mafieuse-frappe-a-leurs-portes-65009971.html       ;

[14] Cf. Séminaire de recherche dirigé par S. le Garrec « Comportements sexuels et sida : rationalités et savoirs ? », Université de Fribourg, 2002-2003. Je tiens à remercier ici tou-te-s les étudiant-e-s ayant contribué par leurs travaux de terrain et leurs réflexions à cette recherche.

[15] À l’exception d’une certaine phase durant l’adolescence et certain-e-s adolescent-e-s qui associent dans la scénographie du bien boire, c’est-à-dire du boire au-delà de ses limites, le fait d’être malade comme sanction finale de la valeur de ce bien boire. Le Garrec S., 1998, 2000, 2002.

[16] Nous définirons ici, les stratégies conjuratoires comme des manières d’écarter, d’éluder ou de minorer un risque pourtant perçu comme tel au départ de l’action.

[17] Relevons que dans beaucoup d’entretiens effectués les personnes légitiment leur consommation de vin par le

« fameux » verre de vin quotidien qui serait bon pour la santé et notamment pour le cœur. Ce constant est ensuite extrapolé pour certains dans l’assertion que si un verre de vin est bon pour la santé, le vin n’est finalement pas dangereux et risqué peu importe la quantité.

[18] Les focus de L’ISPA (rebaptisé Addiction Info Suisse) sont des brochures de prévention. Il existe un focus par produit : focus alcool, focus cocaïne, focus cannabis, etc.

 

 


Références

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